Obama a fait le pitch de mon livre sur scène

Samedi dernier, à Lisbonne, j'ai écouté Barack Obama pendant 1 heure précise et il n'a rien dit d'extraordinaire. En tout cas, pas une idée whaouh que je n’avais jamais entendu. Pourtant j’ai été totalement abasourdi, pas en mode fan boy mais parce que ses mots ont un poids différent.

Vlan!
11 min ⋅ 18/10/2026

Recevoir cette newsletter, c’est faire partie des +10 000 personnes qui ont décidé de ne plus regarder le futur de loin. Toutes les deux semaines, j’explore une thématique pour vous donner envie aborder le monde de demain avec élan et envie. Loin des technologues euphoriques et des catastrophistes professionnels.
Si mon travail vous est utile, vous inspire, vous fait réfléchir… Rejoignez les 11% de Français qui soutiennent financièrement les contenus qu’ils consomment : c’est par ici,
sur Tipeee. Et c’est important.
Pour aller plus loin ensemble (conférence, sponsorisation du podcast, collaboration…), répondez simplement à cette newsletter ou écrivez à gp@gregorypouy.fr. Bonne lecture !

 • • • • • • • •

Je sais que cette newsletter reste longue mais la version détaillée et encore plus passionnante sera disponible jeudi sur Vlan! en audio et pas en vidéo ce coup ci (désolé).

Quand j’ai appris qu’Obama passait à Lisbonne, je n’ai pas hésité une seconde et j’ai pris ma place, j’en ai même pris deux en me disant que je trouverais forcément quelqu’un pour m’accompagner. Pourtant, j'aurais très bien pu le regarder en vidéo chez moi, tranquillement, en vitesse 1,5, en sautant les passages qui ne m’intéressent pas, avec la transcription ouverte à côté pour copier les bonnes phrases et les filer à une I.A. au besoin. Ça aurait été plus pratique, plus rapide, et beaucoup moins cher. Plus optimisé. Et évidemment, c'est la première chose qui m'est venue à l'esprit en sortant de la salle. Et pourtant ça ne tient pas du tout la route et j’imagine que vous même en le lisant vous devez vous dire « ben non rien à voir ».

J’ai attendu 4 heures par ma faute

Le rendez-vous était à 15 heures samedi 10 octobre à Lisbonne. J'étais venu avec mon ami Roman mais ce que je n'avais pas compris en m'inscrivant (et je pense que je n'étais pas le seul), c'est qu'avant Obama il y avait tout un après-midi de conférences en portugais. Et mon portugais, comment dire... il me permet de commander un café et de discuter avec mon voisin de la pluie et du beau temps, mais pas de suivre un dirigeant qui parle vite d'innovation. Obama devait monter sur scène à 19 heures. Moi et mes capacités organisationnelles…

Donc en gros quatre heures d'attente pour soixante minutes de conférence. Heureusement que je ne suis pas en mode « optimisation » parce que le ratio est un désastre absolu (lol).

Heureusement, à force de négociation, ils ont fini par nous laisser sortir et ce n’est pas si facile, les Portugais respectent les règles. Il faisait beau, ce qui à Lisbonne en octobre n'est pas vraiment une surprise, mais quand même. On s'est posés au soleil et on a parlé. De tout, de nos vies, de nos projets, de ce qui allait, de ce qui n'allait pas. Ça faisait longtemps que je n'avais pas pris ce temps-là avec Roman et en réalité on prend rarement quatre heures avec les gens qui nous sont proches. Et je crois sincèrement que c'était l'un des meilleurs moments de ma journée, voire de ma semaine.

Si j'avais bien lu le programme, je serais arrivé à 18h45, j'aurais écouté Obama et je serais rentré. Ça aurait été la version efficace et franchement je m’en suis voulu mais mon inattention m’a offert ces quatre heures avec un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps.

Dans mon livre, je propose une façon très simple de ranger les frictions de notre quotidien. Il suffit de se poser deux questions. Est-ce que je l'ai choisie? Est-ce qu'elle me fait avancer? Ça donne quatre cases. Il y a les frictions qu'on choisit et qui nous font avancer, comme écrire un livre sans IA (je vous jure que c'est plus dur qu'il n'y paraît de rester devant sa page blanche sans faire un petit prompt). Il y a celles qu'on choisit et qui nous font régresser, comme un régime trop dur ou trop de sport. Il y a celles qu'on ne choisit pas et qui ne servent à rien, comme se taper le petit orteil contre un pied de table (ce qui m'arrive beaucoup trop souvent). Et puis il y a celles qu'on ne choisit pas mais qui nous font avancer. L'exemple que je donne souvent, ce sont ces vacances où tout part en vrille et qui deviennent ensuite nos meilleures histoires à raconter. C’est pas vrai ?

Mon après-midi à Lisbonne, c'était exactement ça. Je ne l'avais pas choisi, j’ai fait preuve d’inattention (c’est une signature en ce qui me concerne) et j’ai adoré me tromper. Bon j’avoue que seul, j’aurais trouvé le temps long et j’aurais sans doute loosé sur mon téléphone. La friction ne dit pas d'avance ce qu'elle va devenir, ça dépend beaucoup de ce qu'on en fait et de qui est à côté de nous. Je reviendrai à cette idée parce qu'elle me semble essentielle pour comprendre ce qu'Obama a dit ensuite.

Entrer en résonance avec Obama

Mais revenons à ma question de départ. Pourquoi est-ce que ça change quelque chose d'être là, en vrai, si le contenu est le même et qu'en l'occurrence il n'est pas « mind blowing » ?
Me poser cette question m’a fait penser au concept de résonance de Hartmut Rosa. J'ai eu la chance de l'interviewer pour Vlan! et pour mon livre. Je vais diffuser ça bientôt ne vous inquiétiez pas (Si vous ne le connaissez pas encore, sachez qu’il possède une TRES grosse base de fans dans le monde intellectuel). Et clairement Rosa c’est pour moi, l’un des intellectuels vivants les plus intéressants du moment.
Bref, pour Rosa, la résonance, c'est une relation vivante avec ce qu'on vit. Quelque chose vous touche, vous y répondez, et vous en ressortez un peu transformé. Quand je lui ai parlé de ces couchers de soleil devant lesquels je m'arrête à chaque fois, il m'a répondu qu'au moment où je sors mon téléphone pour les prendre en photo, je casse la résonance, parce qu'en voulant fixer le moment, je cherche à le contrôler. Il m'a aussi raconté ses nuits passées dans le froid derrière son télescope à chercher une galaxie lointaine, souvent pour rien. Puis sous la pression de ses amis, il a fini par acheter un appareil pour l'observer parfaitement depuis son canapé. L'image était bien meilleure, et elle ne lui faisait plus rien, ça avait tout cassé. C'est exactement ce que j'ai ressenti samedi. La vidéo d'Obama, c'est la galaxie vue depuis le canapé, une image parfaite et morte. Les quatre heures d'attente, la foule, le fait de ne pas savoir s'il serait bon, c'était le télescope dans le froid. Et c'est cette friction qui a donné de la texture au moment.

D’ailleurs, dans « Rendre le monde indisponible », il va plus loin. Il explique que notre époque est obsédée par l'idée de tout rendre disponible, accessible, maîtrisable, livrable. Et plus on y arrive, plus le monde devient muet, parce que la résonance ne se commande pas. On peut seulement se mettre dans les conditions pour qu'elle arrive et accepter qu'elle n'arrive pas. Ce que je raconte dans ma conférence d’ailleurs, c’est qu’une vie optimisée dans laquelle tout serait contrôlée, ce n’est plus une vie que l’on traverse mais une vie que l’on surveille. Et franchement, c’est quand même bien moins désirable.

Il n'a jamais utilisé le mot « joie » mais…

Pour ceux qui découvrent, la joie rebelle, ce n'est pas l'optimisme et encore moins la bonne humeur de façade qui refuse de voir la réalité des crises devant nous. Par contre, c'est le choix de ne pas laisser la lucidité sur l'état du monde se transformer en impuissance. Je m'appuie beaucoup sur Spinoza pour ça. Chez lui, la joie n'est pas une émotion agréable, c'est le passage à une puissance d'agir plus grande. Et, forcément, la tristesse (peur, ressentiment..), c'est l'inverse, ça réduit notre puissance d'agir. . Et la rébellion, c'est que dans un monde qui nous pousse de partout vers la sidération, choisir d'agir quand même, à son échelle, c'est déjà résister.

Et alors quand l'interviewer demande à Obama comment aider les gens à croire de nouveau, pas forcément en une grande vision mais en leur propre capacité à changer les choses, Obama a répondu sans surprise que c'était sans doute le plus grand défi du moment. Parce que les gens ont le sentiment que les choses leur arrivent, au lieu de sentir qu'ils ont une forme d’agentivité et qu’ils peuvent faire quelque chose.
Mais dire « c’est comme ça, qu’est ce que tu veux que j’y fasse ? » c’est du nihilisme passif et c’est de la tristesse au sens de Spinoza. Ce n'est pas que les gens soient malheureux, beaucoup ne le sont pas particulièrement. C'est qu'ils vivent leur vie au passif. L'IA leur arrive, le climat leur arrive, l'extrême droite leur arrive, leur boulot change, leur ville devient trop chère…Et à chaque fois la petite voix intérieure dit la même chose: je n'y peux rien moi à mon niveau et j’essaie de m’en sortir, c’est déjà pas si mal.

Et vous, vous en êtes où d’ailleurs?

La réponse d'Obama n'a pas été un grand discours sur l'espoir mais une réponse presque déconcertante de modestie. Il a dit « Choisissez un sujet qui compte pour vous. Peut-être faire en sorte que votre lieu de travail respecte tous ceux qui y travaillent. Peut-être des gens dans votre quartier qui ont besoin d'aide. Là où vous voyez un problème, demandez-vous ce que vous pourriez faire maintenant, pas tout seul, mais peut-être avec quelques autres personnes. Et prenez l'habitude de ne pas laisser ça à quelqu'un d'autre, avec l'influence limitée que vous avez ».
Je rajouterais que pour ne pas s’épuiser, c’est essentiel de voir l’impact de ses actions car si vous voulez lutter contre le patriarcat ou le néolibéralisme, c’est chouette mais vous verrez difficilement les impacts et vous risquez de vous épuiser.

Le conseil d’Obama que tout le monde peut intégrer

Obama a raconté qu'à la fac comme beaucoup d'étudiants, il faisait beaucoup la fête. Et puis un jour il a écouté deux jeunes militants de l'ANC, le parti de Mandela, qui devaient avoir une vingtaine d'années. Mandela était encore en prison. Ces deux garçons avaient quitté leur pays, ils n'avaient presque pas d'argent, ils dormaient chez l'habitant et passaient leurs journées à expliquer à des étudiants américains ce qui se passait chez eux. Et Obama s'est dit : je peux faire quelque chose, pas changer la situation des noirs en Afrique du Sud mais ajouté ma pierre à l’édifice.

Il a fait son premier discours public lors d'un rassemblement sur son campus pour demander à l'université de retirer ses investissements en Afrique du Sud, et sa prestation était « nulle » selon ses propres mots. Ce discours n'a pas changé le monde, mais c'était le premier pas. C’est vraiment la leçon qu’il donne et il a dit « je crois que chacun d'entre nous doit se demander quel est son premier pas, parce qu'une fois qu'on ressent ce sens, ce but, on fait le pas suivant, puis le suivant, puis encore le suivant. » C’est vraiment ça la joie rebelle.

Autrement dit, le sens est un effet secondaire de l'engagement vers les autres. Si on le vise directement, on le rate, comme on rate le sommeil quand on essaie trop fort de s'endormir. Si on s'engage, si on fait quelque chose pour quelqu'un, on trouve le sens naturellement. Et d’ailleurs souvent cet engagement demande un renoncement de votre côté, ca peut être du temps, de l’argent ou autre.
De mon coté, quand j’ai décidé de quitter le marketing, je me suis mis dans une situation très compliquée financièrement et ca a duré pendant 6 ans au moins. Parce que même si l’idée est belle, quitter le seul et unique métier qu’on a fait pendant 20 ans sans savoir précisément ce que l’on allait vendre par la suite, c’est compliqué. Et en même temps, si mon empreinte carbone individuelle n’est pas au top, au moins, je ne passe pas 10h de ma journée à aider des marques à vendre plus et donc à augmenter l’empreinte carbone de millions de personnes.

Personne n’est plus qualifié que vous !

Il y a un passage du discours d’Obama que j’ai adoré également. A un moment donné, il a expliqué qu’en arrivant au parlement de l'Illinois, il avait été surpris de réaliser que les dynamiques étaient exactement les mêmes que celles qu’il voyait au lycée avec des groupes bien définis : les méchants, les intellos, et les populaires qui sont populaires parce qu'ils sont beaux même s'ils ne font rien de particulier. Puis, il est arrivé au Sénat puis il est devenu président, et à une réunion du G20 il s'est dit : “whaouh, c'est toujours la même cours de récré en fait”.

Et il en a tiré une conclusion très simple : personne n'est plus qualifié que vous pour faire le job. Je trouve ça super puissant car quand il dit cela, il libère chacun et chacune puisque grosso modo il dit que ceux qui décident de nos vies ne sont pas mieux que nous et qu'il n'y a aucune raison d'attendre que quelqu'un, quelque part, au-dessus, s'occupe du problème à notre place.

Par contre, ce qui est flippant je trouve c’est que le G20 et les conseils d'administration de la tech sont tenus par des gens qui n'en savent pas tellement plus que nous. Au final, on a tous et toutes la légitimité de s’engager et au final, on construit la compétence en marchant comme tout le monde.

Le pitch de mon livre

Vous le savez sans doute, je viens de terminer mon deuxième livre. L'idée centrale, c'est que les technologies ont supprimé les frictions de notre quotidien, alors que c'est précisément à travers ces résistances qu'on se construit. Ce n’est pas un livre contre les technologies, c’est un livre pour apprendre à vivre avec car personne ne nous a appris et qu’elles se sont imposées à nous.

Et franchement, j’ai trouvé ça fou qu’Obama parle précisément du sujet de mon livre sans le savoir (évidemment), ça me dit que même pour les U.S. je suis exactement sur le bon sujet au bon moment !

Il a d’abord parlé d’une histoire que lui ont racontée des jeunes de son équipe. Ils racontaient que désormais les jeunes rompent avec leur copain ou leur copine en passant par ChatGPT. Et lui de dire : « mais non mais ce n'est pas une rupture ça ! Une rupture, c'est triste. Mais vous devez le faire vous-même, voir l’autre triste, ressentir quelque chose. C'est ça qui est profondément humain. Et ça vous apprend aussi à assumer quand vous faites du mal à quelqu'un, à traiter l'autre avec respect, à gérer un conflit ». Et clairement, je parle des relations amoureuses dans mon livre.

Ensuite il a enchaîné en expliquant qu'il fallait créer des environnements où l'on résiste à l'idée que le « pratique » et l'efficace sont ce qu'il y a de plus essentiel, parce que c'est ce qu'on nous vend en permanence. Et il a avoué, avec une honnêteté qu’évidemment lui aussi, quand il est pressé, il aime bien passer au drive, ou qu’en un clic quelqu'un lui livre à manger à sa porte sans avoir à parler à qui que ce soit. Mais il a pris le temps d’expliquer que le plaisir, c'était de connaître le boucher, le paysan, le vendeur. C’est évident mais on ne le fait plus ou presque plus jamais. Ces interactions aussi simples qu’elles puissent être nous apprennent des choses. On rentre, on cuisine pour ses amis et sa famille, et c'est une tout autre expérience que de rester assis sur son canapé. Ça vous donne le sentiment d'avoir un peu la main sur votre vie : je sais faire ça, je ne dépends pas de quelqu'un qui le fait pour moi. Et il a conclu que nous devions absolument encourager ces frictions maintenant car tout n'a pas besoin d'être efficace ou rapide tout le temps, parce que les plaisirs de la vie passent par une certaine friction.
Voilà Obama qui a juste 1h sur scène et qui passe 5 peut-être 10 min à parler des frictions et de l’impact des technologies dans nos vies mais aussi qui explique que l’optimisation à tout va n’est pas l’alpha et l’omega de la vie mais tout l’inverse souvent.

Votre premier pas vers la joie rebelle

Ce qu'Obama nous a demandé de faire tient en peu de mots finalement. Choisissez un sujet, à votre mesure, avec quelques autres, et faites le premier pas. Il sera sans doute mauvais comme pour tout le monde y compris lui-même. Mais c'est le seul moyen d'arriver au deuxième.

Alors je vous pose la question qu'Obama nous a posée, et que je me pose aussi en écrivant ces lignes: quel est votre premier pas? Je ne parle ni d'un grand projet ni d'une mission de vie, je parle de quelque chose que vous pourriez faire cette semaine, avec deux ou trois personnes, sur un sujet assez petit pour en voir l'effet.

Si vous cherchez un indice, regardez du côté de ce qui vous coûte un peu. La conversation que vous repoussez depuis des semaines. Le voisin que vous croisez sans jamais lui parler. La réunion où vous n'osez pas demander au plus jeune ce qu'il en pense. C'est souvent là que la friction vous attend, et c'est souvent là qu'on retrouve l'envie du futur.

Greg

Cette semaine sur Vlan!

Sur Vlan!

#412 Rendre l’avenir aux jeunes avec Antoine Foucher

Antoine Foucher est l’ancien directeur de cabinet au ministère du Travail, il est également entrepreneur et essayiste. Il publie Pour que nos enfants vivent mieux que nous, un essai où il additionne tout ce qu’il faudrait financer pour redonner un avenir à la jeunesse française, puis cherche, chiffre par chiffre, où trouver l’argent.

C’est la deuxième fois que je reçois Antoine sur Vlan!. J’avais envie de le retrouver à l’approche de la présidentielle, au moment où les promesses sans effort vont fleurir de tous les côtés. Nous avons enregistré le 7 octobre, en pleine mobilisation étudiante. Antoine se décrit comme un Don Quichotte. Il répète toujours les mêmes faits, sources à l’appui, devant des murs qui tiennent plus de la croyance que du raisonnement. Moi, j’y vois un résistant au sens de la joie rebelle : il sait que le problème est massif et il remonte quand même sur son cheval.

Dans cet épisode, nous parlons d’un renversement que personne n’a vraiment décidé. Il y a cinquante ans, plus on était jeune, moins on risquait d’être pauvre. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse. Antoine montre que nous consacrons à l’éducation la même part du PIB qu’en 1975, avec trois fois plus d’étudiants. Il montre aussi que les jeunes travaillent autant que leurs parents et qu’ils sont plus diplômés et plus compétents qu’eux. Si leur vie ne progresse pas, c’est parce que la France s’est déclassée.

J’ai questionné Antoine sur les 35 heures et sur l’idée que les Français travailleraient moins que leurs voisins. On parle aussi de la fraude sociale et de la fraude fiscale, de la taxe Zucman, des aides aux entreprises, du coût réel de l’immigration et de la proposition de LFI de porter le SMIC à 1 600 euros. Il pose sur la table une addition de 320 milliards d’euros : éducation, santé, recherche, défense, transition énergétique, compétences, CSG rendue aux travailleurs et stabilisation de la dette. Puis il montre que les boucs émissaires, de droite comme de gauche, ne rapportent qu’une quarantaine de milliards. Le reste, 90 % de l’effort, nous concerne tous : travailler trois ans de plus sur la vie, geler les retraites, toucher à la TVA et aux héritages les plus chanceux.

On parle aussi de polarisation. Antoine veut réguler les réseaux sociaux, mais refuse d’interdire CNews. Il pointe notre épargne qui finance l’IA américaine qu’on nous revend ensuite. Et il raconte ce qui le pousse à continuer quand la tentation de cultiver son jardin, façon Candide, devient forte.

C’est une conversation dense, parfois inconfortable. Elle a le mérite de nous mettre d’accord sur le diagnostic avant qu’on se dispute sur les solutions.

Sur Vlan! Leadership

#76 Le rapport des jeunes au leadership

Stéphane Hugon est sociologue de l'imaginaire et président de Eranos. Dans le cadre de leurs enquêtes ils ont plus spécifiquement travaillé sur une étude pour la Heart Leadership University afin de mieux comprendre la relation avec des jeunes avec le leadership.

Si dans les années 70 il était très facile de structurer la société entre gauche et droite, entre traditionalistes et outsiders, aujourd'hui les cartes sont complètement enmêlées tant et si bien que Stéphane nous affirme que "LE jeune n'existe pas", il n'existe plus.

Si l'on pouvait auparavant définir les goûts par des structures d'ages et si par exemple la génération X était vraiment porteuse de valeurs et de choix commun, les générations Z et millénials regroupent tellement de réalité qu'il est vain de vouloir les regrouper sous une même appellation.

Avec Stéphane, nous nous penchons sur la vision moderne du rôle de leader, ses implications sociales, et la manière dont il est perçu et exercé, notamment auprès des nouvelles générations.

Ensemble, nous allons décortiquer comment les leaders d'aujourd'hui peuvent inspirer et maintenir l'engagement au sein des entreprises tout en rencontrant les défis d'une époque marquée par le post-Covid et les transformations sociétales.

Nous naviguerons à travers des thèmes riches tels que le "design relationnel", le "care" dans le contexte professionnel et le rôle crucial du récit et de la vision dans la construction d'un leadership efficace. Nous questionnerons également la nécessité d'innover dans notre approche du management, en prenant en compte les transformations culturelles et systémiques qui dépassent largement le cadre de l'entreprise.

Stéphane partagera également avec nous l'évolution de son entreprise Eranos et discutera du leadership comme un phénomène qui dépasse l'individuel pour s'ancrer profondément dans l'imaginaire collectif et les dynamiques sociales. En outre, il abordera la complexité de comprendre et de se connecter à la jeunesse actuelle à travers des interactions plus significatives et plus humaines.

Des liens tout à fait incroyables

  1. L’article qui à mis le monde de l’I.A. en feu (même Sam Altman)
    Je sais que certain d’entres-vous s’intéressent de près à l’I.A. et ont envie de sortir des messages de bases que l’on voit partout. Alors de quoi se parlent-ils dans la Silicon Valley? Il se trouve qu’un chercheur très respecté a sorti un article cette semaine dont tout le monde parle et dans lequel il explique que l’I.A. est prévisible. L’article est anglais, je vous laisse ici. (Profitez en normalement c’est payant).

  2. Existerait-il une récession des influenceurs?
    J’ai co-créé la 1ère agence d’influence en Europe en 2006 (ça se nommait “blogger relationship management à l’époque) et nécessairement c’est un sujet qui m’intéresse depuis 20 ans. D’ailleurs, je devrais recevoir une chercheuse dans le domaine très bientôt mais d’ici là je vous invite à lire cet article qui parle de la concurrence qui s’intensifie mais aussi de l’impact de l’automatisation. J’ai un avis mais j’attends l’interview pour le donner.

  3. Qu’est ce que le fascime de la fin des temps?

    Naomi Klein et Astra Taylor ont écrit sur un “fascisme de la fin des temps” qui tiendrait l’effondrement du monde pour acquis et choisirait de l’accélérer pour que seules les élites s’en sortent; Par ailleurs, pour Gil Durán, un “Nerd Reich” emmené par Peter Thiel, Musk ou Vance met l’IA, la crypto et les réseaux sociaux au service d’un projet autoritaire. L’auteur de l’article salue ces enquêtes mais leur reproche de raconter l’histoire de quelques hommes puissants sans expliquer pourquoi ces idées séduisent les gens ordinaires. Sa réponse : la technologie donne au fascisme un bras armé concret, comme Palantir au service des expulsions de l’ICE, elle crée un vide de sens que viennent remplir des mythes comme le “grand remplacement”, et elle manipule nos désirs jusqu’à radicaliser. Comprendre cette mécanique c’est la première étape pour la combattre, ici et maintenant. A lire ici.

Je me limiterais toujours à 3 liens donc voilà c’est tout pour cette semaine (sachant que Vlan! La newsletter est bimensuelle comme Vlan! Leadership), n’hésitez pas à me faire des retours et à partager la newsletter à vos amis, collègues, connaissances si vous la trouvez pertinente. Il y a un bouton juste en dessous !

Vlan!

Par Gregory Pouy

Je suis optimaliste et surtout généraliste, au croisement de la philosophie, de la sociologie, de l'économie et parfois des neurosciences. Ma valeur est de faire les connexions que les spécialistes ne font pas parce qu'ils restent dans leur domaine.

Ce qui m'anime : vous redonner envie du futur. Entre l'optimisme béat et le catastrophisme professionnel, j'appelle ça l'optimalisme : réaliste sur ce qui arrive, convaincu que la joie rebelle nous aidera à traverser.

Je suis le créateur de Vlan! et Vlan! Leadership. 9 ans, 500 conversations, plus de 20 millions d'écoutes. Vous êtes ici sur ma newsletter toutes les deux semaines, j'anime des conférences pour des CODIR et COMEX, et je vis entre Lisbonne et Paris.

Les derniers articles publiés

De la CIA à Périclès : qui fabrique ce que vous croyez

par Gregory Pouy   ⋅  04/10/2026 13 min

Et si une conviction à laquelle vous tenez avait été pensée, financée et diffusée par quelqu'un qui avait intérêt à ce que vous la croyiez ? De la CIA de 1950 au projet Périclès, en passant par le réseau Atlas, je vous raconte comment on fabrique le climat des idées en toute légalité. Et pourquoi, au bout du compte, ce sont nos impôts qui financent

Pourquoi sommes-nous fascinés par la fin du monde ?

par Gregory Pouy   ⋅  20/09/2026 11 min

Vous avez forcément vu passer l'info de ce chercheur, Jacob Coxon, qui a démissionné d'Anthropic en expliquant que l'I.A. pourrait amener à la destruction de l'humanité. Son message a été vu plus de 150 millions de fois. Mais il y a un mais. Il estime cette probabilité à plus de 10% dans la décennie. Bon ben super !

Je croyais que la nuance était une qualité

par Gregory Pouy   ⋅  06/09/2026 22 min

Il y a quelques semaines, à Lisbonne, quelqu'un a démonté en une phrase ce que je défends depuis 20 ans. La nuance comme boussole. La seule posture tenable dans un monde complexe et polarisé. Je me trouvais plutôt fin, j'étais dans l'erreur.

On se raconte nos étés ?

par Gregory Pouy   ⋅  23/08/2026 18 min

Le mien, je l'ai passé à Stockholm, trois semaines, pour commencer l’écriture d’un livre sur la friction. Sauf que je suis tombé, sans le faire exprès, dans le pays qui a le mieux réussi à la supprimer. J'ai débuté par sept jours entiers sans que personne ne m'adresse la parole. Et vous, c'était comment votre été ?

La vraie violence est celle dont on ne parle pas

par Gregory Pouy   ⋅  28/06/2026 25 min

J’ai 2 contenus qui se sont percutés en stories la semaine dernière et les réactions que j’ai reçues sont à l’origine de cette newsletter. Ça parle de violence comme vous l'aurez compris.

3 idées fondamentales et 3 leçons de vie de la part d’Edgar Morin

par Gregory Pouy   ⋅  14/06/2026 19 min

Comme vous le savez sans doute, Edgar Morin est mort le 29 mai 2026 à Paris, à 104 ans. C’est étrange pour moi car depuis les débuts de Vlan ! j’ai hésité à lui proposer une interview. J’avais son contact et je n’ai jamais osé par peur de déranger alors je lui rends ce petit hommage.

Pourquoi sommes-nous autant épuisés?

par Gregory Pouy   ⋅  31/05/2026 20 min

Il y a deux semaines, j'ai publié un post sur l'épuisement sur l'Instagram de Vlan! et le nombre d'interactions m'a pris par surprise. Ça m'a renvoyé à mon propre épuisement, alors j'ai eu envie d'explorer le sujet pour de bon.

La crise du confort et notre corps

par Gregory Pouy   ⋅  17/05/2026 8 min

Si vous écoutez Vlan! vous savez bien que je suis très allergique et j'ai mis de nombreuses années à comprendre que c'est la conséquence d'un monde trop aseptisé qui a rendu nos corps incapables de coexister avec la nature. Et le pire, c'est qu'on a fait pareil avec nos cerveaux.

Je n’avais pas prévu d’écrire sur ce sujet

par Gregory Pouy   ⋅  03/05/2026 7 min

62 millions de visites en un mois de février. C'est le score d'un site dédié à aider les hommes qui veulent violer des femmes. Un groupe Telegram qui s'appelle "Zzz". Des posologies échangées comme des recettes de cuisine. CNN a mis 5 journalistes dessus pendant plusieurs mois et ils ont conclu à l'existence d'une "académie du viol" mondialisée.