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Voilà vingt ans que j'observe ce que les écrans nous font, à moi le premier forcément. J’ai créé mon blog en 2005, j’ai commencé dans la foulée les conférences, les cours, j’étais partout dans les médias, et pendant tout ce temps j'assistais impuissant à ma propre dépendance alors que j'en connaissais tous les mécanismes. C'est la première chose que mon livre raconte : savoir ne suffit pas et comprendre un piège ne vous permet pas d'en sortir. Intégrer c’est une autre paire de manches.
Vingt ans plus tard je suis plus accro que jamais, mais ce qui me préoccupe a changé de nature. Ce n'est plus l'addiction, c'est un vide. Il y a un dessin animé qui m'a marqué là-dessus quand il est sorti, Wall-E, ces humains avachis sur leurs fauteuils volants, incapables de marcher, gavés, divertis et vides. À l'époque je trouvais ça exagéré, c’était vraiment une caricature de science-fiction. Aujoud’hui, dans mes mauvaises journées, dès mon réveil la première chose que je touche c’est mon téléphone. Je me perds au minimum dix minutes sur Instagram sans pouvoir dire ce que j'ai vu, j’enchaîne les mails, les réunions et je finis ma journée devant une série qui ne m’apporte rien. Et si on me demandait ce qui m'a fait sourire ou pleurer dans la journée, je ne saurais pas répondre, je suis vide.
Alors, je fais cette proposition qui me semble parfaitement décrire ce que je ressens : un effet de dévitalisation. Il désigne le processus par lequel ces systèmes conçus pour réduire la friction nous ont vidés de l’intérieur. Ils diminuent progressivement notre capacité à prendre des décisions mais également nos compétences jusqu’au sens de la vie. On devient performants, productifs, et vides.
Cette vie supposée sans friction, c’est le fantasme d’un contrôle total. Ne plus attendre, ne plus se perdre, ne plus être surpris, ne plus dépendre de personne, c’est la promesse de ce monde optimisé jusqu’à la moelle. Sauf qu’en cherchant à tout maîtriser, on ne gagne pas la sécurité que l’on croit acheter. A l’inverse, on perd confiance dans la vie et parfois en soi-même ou dans les sensations de notre corps. Cela devient une vie que l’on surveille plutôt que de la traverser.
C’est pourquoi j’ai décidé qu’aucune ligne ne sera écrite par une I.A. Cela peut sembler aller de soi de votre côté, du mien ça ne l’est pas du tout. C’est tellement tentant de déléguer le gros du travail à Claude comme certains le font avec leurs emails ou autres. Lorsque je le fais c’est généralement efficace mais comment être fier de moi ? Comment parler de mon travail ? Comment savoir si j’aurais pas mieux fait tout seul? Ca creuse le vide un peu plus.
Le vivant se renforce par la résistance
La friction, à l'origine, c'est de la physique, une force qui use les pièces et ralentit les machines. Comme on a pris l'habitude de comparer nos corps à des machines, la Silicon Valley a voulu la réduire au maximum dans nos vies, sans se demander si le vivant obéissait aux mêmes lois qu'un moteur. Il obéit à la règle inverse parce que l’optimisation n’est valable que dans un environnement donné et la vie par définition est pleine de surprises. Le papillon, quand il sort de sa chrysalide, doit fournir un effort presque insoutenable pour la briser, et c'est cet effort qui envoie le liquide dans ses ailes. Si vous ouvrez le cocon pour lui simplifier la vie, il ne volera jamais. La friction est ici vitale. Je ne vais pas vous refaire la newsletter sur l’hormèse mais chez l’humain c’est quasi la même chose, physiquement, psychologiquement et spirituellement.
Rappelez-vous les années 90 si vous étiez né. Le film que vous vouliez voir, il fallait attendre que quelqu'un le rapporte au vidéo club. Un épisode de votre trilogie préférée, il fallait attendre le samedi soir. Un nouveau morceau, des heures d’attente pour qu’il passe à la radio et la joie lorsque c’est le cas. Une information, le journal de 20h. Attendre faisait partie de la vie, ce n'était pas une punition, c'était le décor. La gratification différée n'était pas un truc qu'on nous apprenait dans des livres de développement personnel, elle était coulée dans le quotidien structurellement.
Aujourd'hui l'accès instantané est devenu la norme, et ce que l'accès permanent détruit, c'est la valeur même du désir. Un désir qu'on assouvit avant même de l'avoir formulé n'a jamais le temps d'exister vraiment.
L'effort, c'était pareil. Se faire une playlist prenait des heures, il fallait guetter le bon morceau à la radio, appuyer sur “enregistrer” au bon moment, rater, recommencer. Écrire une carte postale, ça voulait dire s'asseoir, chercher ses mots, tracer des lettres de sa main. Choisir un livre à la bibliothèque, c'était renoncer à tous les autres, repartir avec un seul et l'assumer. L'attachement passait par là, par le temps, par l'effort, par le renoncement. Les psychologues ont même un nom pour ça, l'effort justification, dans la lignée des travaux de Leon Festinger : plus on investit d'effort dans quelque chose, plus on y tient, pas parce que c'est parfait, mais parce que ça nous a coûté. Aujourd'hui l'amour se like, la musique se génère en un clic, la gratitude tient dans un emoji, on peut scroller à l’infini. Et quand plus rien ne demande d'effort, l'émotion passe vite, elle touche moins, elle glisse sur nous.
Ce que la solitude m'a vraiment fait
On se raconte tellement que c'est la solitude dont on a besoin, se couper du monde, mettre ses écouteurs à réduction de bruit et disparaître. Moi le premier, j'adore cette idée. Quand je suis arrivé à Stockholm, j’ai pris une douche froide. J’adorais être là mais la culture Suédoise n’est pas vraiment de parler à des inconnus. J’ai donc passé une semaine entière sans aucun contact humain. Absolument aucun. Cette solitude à dose maximale m'a rendu malheureux. Et puis la ville s'est ouverte. Baignade le matin, café avec ma place attitrée, Bibliothèque Royale l'après-midi dans la grande salle de lecture. Je suis entré dans un état de flow comme je n'en avais jamais connu. Il n'est pas venu de la solitude pure, il est arrivé au moment précis où je tissais des liens minuscules partout, le type de la cantine de la bibliothèque, la femme de la sécurité à qui je souriais en arrivant. Ces micro-contacts m'ancraient au monde pendant que ma tête était dans le livre. La solitude, on la choisit et on la traverse en restant relié, l'isolement nous tombe dessus et nous enferme.
Une discussion avec Jessie, une Anglaise universitaire rencontrée sur place, m’a absolument marqué. On parlait de tout et de rien, de son travail, du mien, de ce que je cherchais à raconter. Et en l'écoutant me parler d’un livre, ça a fait tilt ! J'ai compris un truc que je refusais de voir depuis des semaines. La structure de mon livre était bonne mais ce n’était pas la meilleure. Cette discussion a été un déclencheur tellement puissant, je ne pouvais pas ignorer ce que je venais de comprendre mais j’avais déjà écrit la moitié du livre. Décision difficile mais je n’ai pas pu passer à côté, j’ai dû tout reprendre de zéro.
Ce que les Suédois m'ont appris sans le vouloir
Les Suédois détestent le conflit. Si vous entrez en désaccord avec eux, ils reculent, ils s'effacent, et vu de l'extérieur c'est reposant, presque enviable. Sauf que moi aussi je déteste le conflit, je l'évite, et quand on me propose d'inviter sur mon podcast quelqu'un avec qui je suis en profond désaccord, je refuse presque à chaque fois. Ces Suédois qui s'effacent, c'est moi en plus poli, et le pays me tendait un miroir que je n'avais pas envie de regarder. Le résultat n'est pas un enfer, c'est doux, c'est propre, c'est sûr. Mais le prix, c'est un lien social qui se dévitalise. Le désaccord est une friction, et quand on la supprime on ne gagne pas seulement la paix, on perd une partie de ce qui nous fait tenir ensemble. Avant, il y avait le café du commerce et la place du village, ces endroits où l'on croisait des gens qui ne pensaient pas comme nous sans être nos ennemis. Ils ferment au fur et à mesure qu’on leur préfère les réseaux sociaux.
Tout ce que l’on aurait demandé à un ami, à un membre de sa famille est désormais à vendre. Et chacun de ces services nous prive d'une occasion de compter les uns pour les autres. Connaissez-vous l’expérience du rat enfermé seul avec de l'eau pure et de l'eau à la morphine ? Il se drogue jusqu'à en mourir. Mais quand Bruce Alexander a refait l'expérience dans un espace où les rats vivent ensemble, ils consomment 19 fois moins de morphine. Ce n'est pas la substance qui crée l'addiction, c'est l'isolement, et notre époque fabrique des cages très confortables. On a tous acheté le rêve de la maison individuelle alors que c’est notre enfer en réalité.
Le retour au monde
Mon histoire a fini par prendre le chemin inverse de celle des Suédois. Un matin, j'ai griffonné mon numéro sur un bout de papier pour le tendre à une serveuse dans un café. Ça peut vous paraître ridicule, c'était un geste que je n'avais jamais osé faire. Mais j’étais un peu désespéré de contacts humain et je cherchais à savoir où regarder un des matchs de l’équipe de France. J’ai créé 3-4 liens sur place et des inconnus sont devenus, en trois semaines, des visages que je cherchais du regard. Je croyais qu'il fallait me couper de tout pour écrire, et c'est en me reconnectant que j'ai le mieux écrit.
Je suis rentré avec un manuscrit presque terminé dans sa première version et une conviction qui ne me lâche plus. Ce qui nous manque, ce n'est pas plus de confort, c'est un peu plus de ce qui nous résiste. L'autre, l'imprévu, le désaccord, l'effort qu'on choisit, la solitude qu'on décide et pas celle qu'on subit. On vous a vendu une vie sans accroc où rien ne fait mal, et mon été m'a rappelé que cette vie-là n'est pas le paradis promis. C'est un très bel endroit, propre et paisible, où les gens ont oublié comment se parler et qui ils étaient au fond.
Si je fais tout ça, ce livre, cette retraite d’écriture, ces newsletters que vous lisez jusqu'au bout j’espère, c'est pour vous redonner envie du frottement, du vivant qui pousse contre le vent. Pour vous redonner, tout simplement, envie du futur.
Je vous en reparle très vite. D'ici là, essayez donc de parler à un inconnu ou de vous laisser aborder de manière polie. Vous me direz.
Je vous souhaite une bonne rentrée
Greg
Cette semaine sur Vlan!
Sur Vlan!
#404 Tout ce que j’aurais voulu savoir sur l’amour avec Alain de Botton
Ceci n’est pas une erreur 404 comme le numéro de l’épisode pourrait laisser le supposer. J’ai déjà diffusé cet épisode mais en anglais. Cette fois, j’ai utilisé une IA pour vous le traduire intégralement en français. Vous allez enfin pouvoir accéder à ce contenu d’une qualité vraiment rare sur un sujet qui nous concerne tous et qui me semblait important parce que léger et positif en cette rentrée.
Alain de Botton est un philosophe qui a beaucoup pensé à l’amour et aux relations amoureuses, c’est l’un des meilleurs livres que j’ai lu sur le sujet et je suis tellement heureux de pouvoir vous offrir cet épisode maintenant en français. Comme moi, vous devriez apprendre des choses très utiles pour votre vie personnelle.
Sur Vlan! Leadership
Je reviens dans 2 semaines avec Vlan! Leadership
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Des liens tout à fait incroyables
Nos cerveaux son-ils pollués par les réseaux ?
Evidemment, j’en suis convaincu de mon coté mais je trouve toujours intéressant de se confronter à d’autres avis ou parfois de renforcer mon point de vue comme ici. La thèse de cet article est que finalement les réseaux sociaux sont comme des friches industrielles pour les personnes précaires. Je ne suis pas loin d’être d’accord franchement.les I.A. peuvent-elles nous pousser vers le monde physique?
Daniel Barcay a, entre autres, fondé Google Earth. C’est la personne interviewée pour cet article et j’ai eu la chance de le recevoir pour Vlan! L’épisode est à venir mais cet article devrait vous donner l’eau à la bouche de la discussion incroyable que j’ai pu avoir avec lui. C’était juste avant mon départ pour la Suède et donc j’en profite pour lui poser mille questions sur mon livre. En attendant lisez cet article.Les philosophes sont-ils les stars de l’I.A.?
Je ne suis pas sûr de cette affirmation mais je pense que ça devrait être le cas tant je suis convaincu que l’I.A. nous renvoie à des questions profondément philosophiques beaucoup plus que technique. Autant que je le sache, personne n’est bien capable d’expliquer pourquoi les modèles d’I.A. génératives fonctionnent aussi bien donc la question technique ne me semblent pas primordiale. Mais ce que l’I.A. nous fait en tant qu’individu et en tant que société me semble fondamental. C’est mon créneau depuis 1 an en même temps.
Je me limiterais toujours à 3 liens donc voilà c’est tout pour cette semaine (sachant que Vlan! La newsletter est bimensuelle comme Vlan! Leadership), n’hésitez pas à me faire des retours et à partager la newsletter à vos amis, collègues, connaissances si vous la trouvez pertinente. Il y a un bouton juste en dessous !
Bievenue dans cette version payante de la newsletter et merci merci merci mille fois de votre engagement. Cela me touche vraiment profondément que vous ayez décidé de passer à la version payante et ca signifie beaucoup pour moi de l’effort que je fais 2 fois par semaine pour proposer une réflexion profonde sur un sujet qui me tient à coeur. J’espère que cette longue version vous plaira comme les précédentee vous plaisait.
Dites-moi en message ce que vous en pensez :)
Comme vous le savez sans doute, Edgar Morin est mort le 29 mai 2026 à Paris, à 104 ans.
C’est étrange pour moi car depuis les débuts de Vlan ! j’ai hésité à lui proposer une interview. J’avais son contact et je n’ai jamais osé par peur de déranger. Je me disais qu’il devait être fatigué et qu’il n’aurait sans doute pas envie de faire une interview de plus et puis je le voyais participer à des interviews mais chaque année je me disais « non mais là cette année c’est trop ». Mais désormais qu’il est parti et quand je vois qu’en 2018, il avait encore 8 ans devant lui, je me dis que j’ai eu vraiment tort.
J’aurais tellement aimé le rencontrer et partager avec vous sa sagesse.
Alors je me suis dit que j’allais écrire cette newsletter en hommage. Au début, je voulais expliquer la manière dont il envisage la complexité et puis je me suis dit que, vu l’époque, et considérant mon objectif central qui est de vous redonner envie du futur, tout le monde pourrait utiliser 3 leçons de vie de sa part. Et puis je me suis dis que je pourrais faire un peu des 2, c’est-à-dire des idées importantes et des conseils de vie.
Alors, je me suis plongé dans ses dernières conférences mais surtout dans son livre « leçons d’un siècle de vie ».
Et comme il début le livre de cette manière : « Qu’il soit entendu que je ne donne de leçons à personne. J’essaie de tirer les leçons d’une expérience séculaire et séculière de vie, et je souhaite qu’elles soient utiles à chacun, non seulement pour s’interroger sur sa propre vie, mais aussi pour trouver sa propre Voie. » Vous comprendrez bien que sa position n’est pas condescendante mais d’humain à humain.
Qui était vraiment Edgar Morin ?
En fait, « Morin » est son pseudonyme de résistant, je ne le savais pas du tout mais il est né le 8 juillet 1921 à Paris, sous le nom d’Edgar Nahoum. C’était un sociologue, philosophe, épistémologue, résistant, cinéphile, fondamentalement de gauche, amoureux à répétition, centenaire et mauvais père comme il le dit lui-même. Il a traversé le crack de 29, le nazisme, le stalinisme, mai 68, la mondialisation, le crack de 73, la globalisation et le Covid, sans parler de plusieurs révolutions industrielles à commencer par celle qu’apporte l’intelligence artificielle. Ça me semble fou de faire cette liste et pourtant c’est sa vie et ceux qui lui ont rendu hommage l'ont décrit en quatre termes : le rêveur, le penseur, le déchiffreur et l'humaniste. Et comme me l’a souligné une amie proche de lui « il a eu raison ou de la chance de partir non abîmé » sous-entendu, il est parti avec toute sa tête.
Moi je le connaissais surtout pour être le « penseur de la complexité ». Il a été le 1er à casser l’approche analytique pour dire que les challenges de la modernité ne pouvaient pas se résoudre facilement avec une seule variable. Sa pensée s'appuie sur le mot latin complexus c’est-à-dire « ce qui est tissé ensemble ». La réalité humaine, la nature, l'économie, une relation amoureuse ne sont pas des choses qu'on démêle en séparant les fils comme nous l’avons fait avec les lumières et la structuration de l’université telle qu’on la connait aujourd’hui. Il faut parfois avoir une vision systémique et comprendre que quand on tire sur un fil, les autres bougent et que si on isole un phénomène, vous ne comprenez plus rien à ce qu'il est.
Un bon exemple je trouve, ce sont les entreprises qui se sont dit « nous allons réduire l’empreinte carbone ». Alors, c’est super bien sûr mais l’empreinte carbone est une des conséquences du réchauffement climatique qui est lui-même un des problèmes de l’écologie donc ils étaient totalement à côté de la plaque.
Idem si on prend la problématique de la quasi-impossibilité d’améliorer sa qualité de vie, certains vous diront que le problème ce sont les riches, les immigrés ou les pauvres. Et c’est tellement plus compliqué que ça !
L'erreur est inséparable de la connaissance humaine
Ce que j’adore, entre autres, chez Morin, c’est qu’il défendait l’idée que toute connaissance est une traduction suivie d'une reconstruction. Ce que vous lisez en ce moment, votre cerveau le traduit en signaux, reconstruit une image, vous la présente comme la réalité. Mais c'est déjà une interprétation. Il n'y a pas de différence intrinsèque entre une perception et une hallucination. Et du coup, si toute connaissance est traduction plus reconstruction, alors toute connaissance comporte un risque d'erreur.
Il identifie trois grandes sources d'erreurs dans notre façon de penser. D’abord, le malentendu c’est-à-dire le bruit dans la communication qui nous fait manquer la compréhension. Ensuite la partialité c’est-à-dire de manquer de nuances et de prendre une partie pour le tout. A cet égard, il disait que « ceux qui croient comprendre tous les problèmes humains uniquement à partir de l'économie oublient la religion, la foi, l'amour qui ne relèvent absolument pas des calculs économiques. » Et enfin l'idéalisme pour expliquer que parfois les idées peuvent prendre possession de nous.
Cette 3eme source d’erreur me semble intéressante car nous créons des idées comme « le solutionnisme technologique » (la technologie va nous sauver), l'optimisation permanente, la croissance comme valeur absolue et ces idées finissent par nous gouverner. Non pas parce qu'elles sont imposées par des tyrans, mais parce que nous y croyons sincèrement, avec une certitude qui ressemble à de la foi. Je pense que nous sommes tous victimes de cela et d’ailleurs, de manière honnête, il ne s’exemptait pas lui-même.
L’économie en ce sens est un bon exemple. Il n’existe évidemment pas d’économie ni d’argent, ce sont des imaginaires, des idées mais qui sont tellement bien ancrées qu’elles dominent même la réalité physique des limites planétaires et donc notre propre survie
Dans le cas de Morin, il dit lui-même qu’à 21 ans, il devient communiste parce qu’il croit avec certitude que cela pourrait résoudre tous les problèmes et puis 6 ans plus tard il rompt avec honte, quand l'évidence devient intenable face aux massacres de Staline. Si ce sujet en particulier vous intéresse, il y a d’ailleurs consacré un livre entier nommé « l'Autocritique » qui explique comment un esprit intelligent peut se laisser posséder par une idée, afin de détecter le mécanisme et ne pas le reproduire.
En général, quand on réalise qu’on s’est trompé on a tendance à le nier ou à se justifier en expliquant que c’était « compréhensible dans le contexte de l'époque. » De manière super intéressante Morin faisait le contraire en analysant les mécanismes de l'erreur et en distinguant les erreurs fructueuses, c’est-à-dire celles qui ouvrent des chemins nouveaux, des erreurs stériles qu'il ne faut pas reproduire.
Pourtant la vérité aujourd’hui est qu’un politique qui admet s'être trompés perd souvent les élections ou encore un dirigeant qui change d’avis sera probablement accusé de faiblesse. Et c’est franchement problématique car la conséquence est que les erreurs ne sont pas corrigées, elles sont niées ou habillées en « pivot stratégique. » Morin disait que cela supposait de vivre sous l'empire des idées mortes et je crois qu’en ce moment nous sommes en plein dedans avec la mondialisation heureuse et tout une série d’idées qui se sont montrées totalement erronées avec le temps genre le fameux « ruissellement ».
L’humain est contradictoire par essence
Si vous avez lu mon seul livre, vous savez sans doute que j’y parle de mes contradictions en particulier vis-à-vis de l’écologie. J’ai parfois honte de manquer de consistance sur ce sujet mais je sais aussi que vivre dans un monde dont l’idéal est à l’exact opposé de ces concepts est difficile au quotidien. C’est pourquoi une des choses qui m’a marqué chez Morin c'est le refus catégorique de la flatterie envers l'espèce humaine.
Parce qu’évidemment, nous aimons nous penser comme des êtres rationnels mais j’aime beaucoup qu’il ajoute cette notion « d’Homo demens », c’est-à-dire l'homme fou ou délirant en expliquant que « nous avons vu au XXe siècle des gens prêts à se sacrifier, à tuer, à mourir pour leur idée, pour leur foi, pour leur Dieu, pour leur idéologie. C'est arrivé pour le communisme, pour le maoïsme ou encore pour les Brigades rouges. »
L’humain est bipolaire en quelques sorte, il est à la fois Homo sapiens et Homo demens mais aussi Homo faber (le créateur d'outils) et Homo mythologicus (le créateur de mythes) ou encore Homo oeconomicus (voué à son profit) et Homo ludens (celui qui joue, gaspille). Nous sommes toutes et tous un peu de ces 6 profils et c’est important de les reconnaître à l’intérieur de soi car si vous réduisez l'humanité à une seule de ces catégories, vous ne comprenez pas ce que c'est qu'être humain. Cette pensée me fait sourire quand on me parle « d’intelligence artificielle » car l’humain est un être complexe et d’ailleurs, il disait que « toute passion doit comporter de la raison en veilleuse et de la passion en combustible ». Nous sommes des oxymores sur pattes et c’est ce qui nous permet d’être des êtres de raisons qui rêvent, créent et aiment.
Ce que je trouve intéressant dans cette bipolarité, c'est que l'idée de pouvoir « optimiser » l'humain pour en éliminer la part irrationnelle est exactement le projet de toutes les utopies qui ont dégénéré en dystopies. Que ce soit « l'Homme nouveau » du communisme, « l’humain augmenté » de l’I.A. ou le transhumanisme, on voit bien qu’il ne faut surtout pas tenter de supprimer notre part d’ombre mais plutôt apprendre à vivre avec elle à nos côtés.
Et d’ailleurs, Morin parle de la « dialogique » en expliquant que 2 vérités opposées peuvent être simultanément vraies et typiquement il expliquait que la mondialisation est « la meilleure et la pire des choses qui puissent arriver à l'humanité car pour la première fois, tous les êtres humains vivent dans une interdépendance, une communauté de destin. Et en même temps, ce même processus conduit à des catastrophes démographiques, écologiques et économiques. »
Je trouve ça vraiment rafraichissant dans un monde où les réseaux sociaux récompensent la position tranchée et l’antagonisme. D’une certaine manière tenir cette dialogique est un acte de résistance par un refus actif de simplifier ce qui ne peut pas l'être.
La transfiguration : le travail souterrain de la conscience
Pour moi qui essaie de redonner envie du futur, ce concept de transfiguration me donner de l’espoir. Je n’en n’avais jamais entendu parler avant de creuser son livre pour ses 100 ans. En fait, il liste plusieurs exemples de personnalités qui une fois arrivée au pouvoir ont fait le contraire de ce qu’on attendait d’eux et pour le meilleur. Ainsi va de Juan Carlos, élevé dans le franquisme intégriste, qui une fois qu’il accède au trône, devient le garant de la démocratie espagnole mais aussi Gorbatchev, apparatchik en chef, qui se transforme en humaniste européen et planétaire ou encore le pape François, évêque apparemment conformiste, qui finalement renoue avec le message évangélique de fraternité.
D’ailleurs Morin disait lui-même « je dois dire que c'est pour moi une des choses les plus réconfortantes qui soient au monde de savoir qu'en des esprits apparemment conformes aux convictions qui leur ont été inculquées, le travail souterrain de la conscience a transfiguré des hommes qui sont devenus des porte-parole du genre humain. »
Il s’agit d’un travail latent de la conscience et les changements ne sont pas toujours visibles ou immédiats mais ils n’empêchent qu’ils puissent finalement émerger brusquement alors je vous l’accorde ça peut aller dans les 2 sens mais on va se concentrer comme lui sur les fois où ça va dans le sens de l’humanité. D’ailleurs, lui-même citait Marx qui disait que « l'imprévu, c'est la vieille taupe qui sait si bien travailler sous terre pour apparaître brusquement. »
Dans l’époque de chaos que nous traversons ou on a l’impression de ne rien pouvoir faire quand on voit les Trump et Musk de ce monde et je trouve ça super rassurant de me dire que parfois des humains de pouvoir peuvent totalement retourner une situation. Pour finir, les changements les plus profonds peuvent parfois venir de l'intérieur des systèmes eux-mêmes. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai créé Vlan ! leadership pour montrer qu’il y existe des CEOs qui font vraiment les choses de manière différente même si c’est imparfait bien sûr.
Bon j’espère que ces 3 idées vous feront réfléchir déjà mais voici désormais les 3 leçons de vie que j’ai retenu de ma lecture de son livre
Leçon 1 : L'identité est toujours plurielle
D’abord, j’ai adoré qu’à la question « qui es-tu ? » il réponde « Je suis un être humain » car c’est souvent une réponse que je donne très régulièrement moi aussi. Ça fait souvent sourire les gens en face de moi d’ailleurs. Mais j’ai toujours du mal à me définir parce que je suis multiple comme tout le monde même si on peut mettre des adjectifs comme on le souhaite « français », « metis », « célibataire », « vivant partiellement au Portugal », « podcasteur », « conférencier », « homme », etc…
Je parle de moi ici mais évidemment c’est également valable pour vous qui lisez et, en vérité, chaque fois on peut décider de choisir l'une de ces identités comme principale et rejeter les autres. Dans le cas de Morin, c’est intéressant car il est arrivé ce qui arrive avec les personnes qui acceptent la multiplicité de ses identités. Ainsi on lui a reproché de ne pas être « assez juif » ou de ‘trahir Israel » alors qu’il critiquait simplement la politique envers les Palestiniens. Voilà un homme qui a une colonne vertébrale solide car il a toujours refusé le réductionnisme et le simplisme.
Pour lui c’était une hygiène mentale d’accepter sa multiplicité et ce ne pouvait qu’améliorer les relations humaines dans leur ensemble. Il disait d’ailleurs à ce propos qu’il vivait sa poly-identité non comme une anomalie mais comme une richesse puisque ces identités se succédaient alternativement selon les conditions intérieures ou extérieures dans son « Je » et dans « l'Edgar » qui devait les intégrer.
Dans un contexte où les identités se crispent, où l'appartenance à un groupe tend à demander l'exclusion de tous les autres, Morin montre par l'exemple de sa propre vie que c'est une fausse alternative. On peut être profondément français et fils d'une diaspora méditerranéenne et citoyen du monde. Ces niveaux d'identité ne s'annulent pas, ils s’enrichissent. On devrait expliquer cela à Zemmour entre autres.
Et toi quelles sont tes polyidentités ? On devrait se demander ça plutôt que de dire « et toi tu fais quoi dans la vie ? », vous trouvez pas ?
Leçon 2 : Toute vie est une navigation dans un océan d'incertitudes
« Toute vie est une navigation dans un océan d'incertitudes à travers quelques îles ou archipels de certitudes où se ravitailler. » Je cite Morin dans le texte mais je trouve que cette affirmation résonne particulièrement en ce moment non ?
J’ai beaucoup aimé son chapitre sur l'incertitude qu’il commence par sa propre naissance puisqu’il est quasi mort-né, asphyxié par le cordon ombilical ce qui à l’époque créait beaucoup plus de complexités qu’aujourd’hui. Heureusement pour nous, le gynécologue qui assistait la mère dans la naissance, a giflé longuement ce bébé afin de lui faire pousser son premier cri. Il dira « ainsi la malchance qui me vouait à la mort avant de naître est-elle devenue chance de vivre. »
Et puis il y a la pire chose qui puisse arriver à un enfant, il a perdu sa mère lorsqu’il avait 10 ans et d’ailleurs il dira lui-même à la veille de ses 100 ans que c’est « une blessure jamais totalement refermée, même à mon âge ». Ensuite, il y a eu la fuite à Toulouse lors de l'invasion nazie, qui est devenue la chance de rencontrer sa première fraternité à travers la Résistance ! C’est alors qu’il est devenu Morin. Il y a ainsi de nombreuses incertitudes qui se sont transformées en chance et j’ai été particulièrement marqué quand sur la dernière partie de sa vie à 88 ans, il a perdu sa femme Edwige et il a fait la rencontre de Sabah, sa dernière femme par le plus improbable des hasards, au Festival de Fès des musiques sacrées du monde.
Il liste sur deux pages tous les événements « imprévisibles » qu'il a traversé depuis sa naissance, à de la crise de 1929 jusqu’au 11 septembre 2001 et la pandémie de Covid en 2020. Ce qu’il souligne c’est qu’à chaque fois ce qu'on pensait impossible est devenu réel et par conséquent, je trouve super intéressant de regarder les phénomènes visibles que nous normalisons aujourd'hui et qui seront, dans dix ans, identifiés comme « les signes qu'on aurait dû voir » pour le meilleur comme pour le pire.
Je dis souvent qu’on est très mauvais à prédire l’avenir car si dans les années 80 on était convaincu qu’on aurait des voitures volantes en l’an 2 000, on avait pas du tout vu la révolution qu’Internet allait apporter. Et puis quand Internet est arrivé, on était convaincu que tout le monde allait devenir tellement plus intelligent grâce à tous ces contenus diffusés gratuitement en ligne et puis…
L’histoire ne s’arrête pas nécessairement là puisque chaque malchance peut devenir une chance mais aussi chaque chance porte en elle une malchance future. Il dira « La mort de ma mère, affreuse malchance qui n'a cessé d'être malheur, m'a poussé dans l'adolescence à m'évader dans la littérature et le cinéma. Les œuvres sont devenues comme ma drogue quotidienne, drogue nourricière et salubre qui m'a fait découvrir la réalité du monde. » C’est horrible de le penser mais d’une certaine manière s’il n’avait pas perdu sa mère si jeune, nous n’aurions probablement pas eu la chance de bénéficier de tout ces écrits.
Ce qui me touche là-dedans, c'est l'absence totale de naïveté car il ne verse pas du tout dans l’idée que toute souffrance à une utilité mais il montre comment les événements les plus douloureux ont ouvert des chemins qu'il n'aurait pas empruntés autrement.
Leçon 3 : La vie est amour
Le troisième chapitre du livre s'appelle « Savoir Vivre. » et il débute par une distinction entre survivre et vivre. Globalement je pense qu’on a tous une bonne idée de ce que cela veut dire puisque survivre c’est se maintenir en vie, respirer, se nourrir, se protéger tandis que vivre c’est plutôt de conduire sa vie avec ses risques et ses possibilités de jouissance. Il dit très justement que « la survie est nécessaire à la vie, mais une vie réduite à la survie n'est plus la vie. »
Mais ce qui m’intéresse le plus dans cette partie, sans doute parce que c’est ce dont j’ai le plus besoin égoïstement, c’est ce qu’il appelle l'état poétique. Ce qu’il décrit c’est un ensemble d'émotions devant ce qui nous touche, que l’on trouve beau. C’est évidemment valable dans l'art mais également dans le monde et dans les expériences de nos vies ou encore dans nos rencontres. Vous l’avez nécessairement déjà ressenti mais vous savez cet état second de quasi transe très doux que l’on obtient dans des choses aussi simples qu’un échange de sourires, dans la contemplation d'un visage ou d'un paysage mais aussi dans le rire et simplement dans les moments de bonheur comme de boire un bon vin avec un ami proche, de voir son équipe de foot marquer un but, d’observer une fourmi ou de donner un bout de pain à un joli oiseau.
D’ailleurs, il fait la liste de ses propres expériences poétiques comme l'extase qu’il a ressenti devant la Petite danseuse de Degas au Louvre ou ce qu’il a ressenti à la première écoute du premier mouvement de la Neuvième symphonie de Beethoven, salle Gaveau, à 13 ou 14 ans. Il dira d’ailleurs à 99 ans, « je suis à nouveau en transe dès que commence ce mouvement. » Je trouve ça magnifique moi et ça me questionne sur ce qui me touche autant mais aussi je me questionne pour savoir si je me laisse toucher de cette manière simplement en particulier dans ce monde dopé à la dopamine ou tout passe en un claquement de doigt. On ne prend plus le temps de rien.
Mais surtout, pour le romantique que je suis il y a évidemment cette phrase que j’ai relu plusieurs fois « la poésie de la vie. Suprêmement, c'est l'amour. »
Alors cela dit, il ne parle pas simplement de l’amour romantique mais de l’amour comme d’une manière d’être au monde. Cela peut se retrouver dans la fraternité, la sororité, il dit d’ailleurs que « la fraternité, c'est la meilleure chose que l'humanité ait inventée. C'est l'amour entre gens qui ne s'aiment pas forcément, mais qui sont liés par quelque chose qui les dépasse. » Il passe plusieurs pages d’ailleurs à décrire ces moments en particulier quand il a habité chez Marguerite Duras dans l'effervescence de l'après-Libération ou encore un peu plus tard avec les hippies californiens de 1969-1970. D’ailleurs il remarque que ces communautés n'ont pas duré mais que ce qui est essentiel c’est qu’ils ont existé.
Ce qui est fou, je trouve, c’est qu’il n’a jamais arrêté d’aller à la recherche de cet amour et typiquement à 95 ans il a décidé avec sa femme de quitter Paris pour Montpellier afin de trouver un centre historique piéton et surtout ce qu'il appelait « une convivialité perdue. » Ça peut sembler désuet mais en réalité le bonjour traditionnel dans une rue est fondamental parce que c’est un signe élémentaire de reconnaissance. C’est une manière de dire à l’autre « Tu existes, je te reconnais comme être humain. » et la disparition de ce salut dans l'anonymat urbain est, disait-il, une dégradation de notre aptitude à la reconnaissance d'autrui. Ce n’est pas du tout une simple question de politesse mais plutôt le symptôme d'une civilisation qui a choisi le quantitatif sur l'humain et c’est profondément triste je trouve.
D’ailleurs, il fait référence aux Gilets jaunes pour expliquer que ce mouvement comportait un ensemble d’êtres humains avec le besoin d'être reconnus dans leur pleine qualité humaine. Une autre manière de dire cela c’est de parler de dignité tout simplement car ce n’était pas juste une revendication économique mais une demande d'existence. Et je pense qu’on payera longtemps le fait que Macron l’ait tué dans l’œuf plutôt que d’écouter ce que voulais dire ce mouvement.
Ce qu'il nous laisse en 2026
Alors qu'est-ce qu'on fait avec tout ça ? Je pourrais évidemment vous faire une liste de ses enseignements à appliquer mais comme vous l’avez compris par la phrase que j’ai partagé en début de newsletter, il aurait détesté cela. Donc je préfère à la place vous dire ce que tout cela a changé dans ma façon de voir les choses.
D’abord évidemment, sa façon de penser la complexité est ce qui m’a toujours inspiré dans ma manière de regarder le monde car je suis convaincu que les réponses simples à des questions complexes sont des mensonges bienveillants. Comme le disait justement Oscar Wilde « La vérité pure et simple est très rarement pure et jamais simple ». Et franchement dans une époque de polycrises, les mensonges bienveillants et les simplifications sincères sont super dangereux car c’est précisément ce genre de phrases que des gens intelligents et bien intentionnés propagent parce qu'elles sont plus faciles à partager.
Je retiens également son concept d'Homo demens (la folie) qui me semble d'une utilité pratique immédiate sur le sujet de l’I.A. parce que le fantasme d'une intelligence artificielle « purement rationnelle » suppose que la rationalité pure serait supérieure à l'humain imparfait. Mais Morin retournait ce raisonnement en expliquant que la part irrationnelle de l'humain n'est pas un bug mais tout à l’inverse une partie constitutive de ce qui fait que nous sommes capables d'amour, de créativité, de fraternité. Une IA qui optimiserait l'humain en retirant la part « demens » retirerait aussi la part qui donne envie du futur.
Et puis évidemment la poésie et l’amour, de prendre le temps et la mesure d’être touché par la vie.
Il était un optimaliste lui aussi
Je ne vais pas vous raconter n’importe quoi il ne s'est jamais défini comme optimaliste mais à le lire et à l’écouter, je crois que c'est ce qu'il était.
Pour mémoire, l’optimalisme c’est de regarder la réalité telle qu’elle est et décider de s’y engager avec joie malgré tout.
A la question posée dans une des conférences que j’ai écoutées, on lui a demandé « comment garder confiance dans notre contexte chaotique » et il avait répondu : « En sachant que vous êtes un moment dans cette aventure. Et que vous y participez. Alors essayez d'y participer de la meilleure façon. » Il avait 94 ans à ce moment-là et je trouve génial sa réponse, très humble et vraie. C’est de cette manière je crois que l’on vit pleinement et que l’on trouve du sens. Edgar, du haut de ses 101 ans, le disait tellement plus joliment que moi : « Je sens que j'approche des limites de la vie, mais je crois que le sentiment d'essayer d'être utile et de continuer à vivre dans les ferveurs et dans la poésie de la vie, tout ceci m'entretient bien. »
Je m’arrête sur cette phrase.
Définitivement, j'aurais dû décrocher ce téléphone et lui proposer cette interview mais comme on ne peut pas revenir en arrière je le prends comme une leçon aussi.
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Greg
