L'IA va-t-elle tuer le capitalisme ?

Une industrie tellement capitaliste qu’elle détruit les jobs et donc en vient à supprimer ses propres consommateurs peut-elle survivre à sa propre logique ? C'est la question que je me suis posé et je vous partage le résultat de mes recherches. Je n'ai pas de réponse définitive. Mais j'ai quelques convictions sur ce qu'on peut faire.

Vlan!
5 min ⋅ 05/04/2026

Recevoir cette newsletter, c’est faire partie des +10 000 personnes qui ont décidé de ne plus regarder le futur de loin. Toutes les deux semaines, j’explore une thématique pour vous donner envie aborder le monde de demain avec élan et envie. Loin des technologues euphoriques et des catastrophistes professionnels.
Si mon travail vous est utile, vous inspire, vous fait réfléchir… rejoignez les 11% de Français qui soutiennent financièrement les contenus qu’ils consomment : c’est par ici, s
ur Tipeee. Et c’est important.
Pour aller plus loin ensemble (conférence, sponsorisation du podcast, collaboration…), répondez simplement à cette newsletter ou écrivez à gregory.pouy@gmail.com. Bonne lecture !

 

Avant de débuter, j'ai écouté vos retours sur le fait que cette newsletter était beaucoup, beaucoup (je rajoute un beaucoup?) trop longue et je comprends mais je ne voulais pas sacrifier la profondeur donc je vous propose une version courte à l'écrit ici et toujours une version longue qui sortira sur le podcast jeudi !
Dîtes moi ce que vous en pensez!

Alors voilà, depuis dix ans, je suis l'un de ceux qui tempèrent les angoisses sur l'IA dans les salles. L'histoire des révolutions technologiques, c'est aussi une histoire de métiers inventés qu'on n'avait pas anticipés. La machine à vapeur tue les tisserands, crée les mécaniciens. Je croyais à ça, et j'avais un argument structurel en plus : une bonne partie du discours apocalyptique est une construction narrative. OpenAI perd plusieurs milliards par an. "On construit l'AGI qui va surpasser les capacités humaines" lève 40 milliards. "On construit un outil de productivité sympa" ne lève rien ou plus grand chose.

Cet argument tient encore partiellement. Mais depuis quelques mois, des gens autour de moi perdent des contrats qu'ils avaient depuis dix ans. Des agences se restructurent. Des équipes juridiques juniors qu'on ne renouvelle plus. Et une question que j'ai de plus en plus de mal à évacuer : est-ce que ma position rassurante était lucide, ou juste confortable ?

J'ai cherché une réponse globale. Ce que j'ai trouvé, c'est que l'action est locale. Mais pour comprendre pourquoi, il faut d'abord saisir le paradoxe.

Comme vous le savez, l'IA ne s'attaque pas aux emplois peu qualifiés comme les révolutions précédentes. Elle s'attaque au travail cognitif intermédiaire : l'analyse, la rédaction, le code, la recherche juridique, la comptabilité. Goldman Sachs parle de 300 millions d'emplois. Mostaque, le fondateur de Stability AI, documente l'effondrement des coûts : traiter un million de mots coûtait 600 dollars avec GPT-3. Avec les modèles actuels : 10 centimes. Division par 6 000. En quelques années.

Et voilà le paradoxe que personne ne formule clairement dans les débats je trouve : ces mêmes classes moyennes qui vont absorber le choc sont la base de consommation sur laquelle repose le capitalisme. Un ingénieur qui perd son emploi n'achète plus sa voiture, ne consomme plus les services des entreprises qui, elles aussi, ont besoin de clients. Ford avait compris ça en 1914 en payant ses ouvriers le double du marché. Les entreprises d'IA semblent l'avoir oublié, ou s'en moquer, parce qu'elles jouent un autre jeu.

Il y a un mot pour décrire un système qui détruit méthodiquement sa propre base de clients. Ce mot n'est pas "innovation" mais "suicide". Et l'ironie, c'est que les fossoyeurs se croient en train d'innover.

Je pourrais m'arrêter là et vous dire que le capitalisme a toujours survécu à ce qui était censé le tuer, que de nouveaux métiers vont émerger. C'est vrai. Mais le rythme a changé. L'IA frappe en années, pas en décennies. Et elle frappe d'abord ceux qui étaient censés être du côté de la solution.

Alors l'IA va-t-elle tuer le capitalisme ? Je ne sais pas. Et honnêtement, personne ne le sait encore vraiment.

Mais pendant qu'on attend la réponse à cette grande question, des choses concrètes se construisent au niveau local, et c'est là que tout va se jouer. À Chattanooga, dans le Tennessee, la ville a construit son propre réseau internet municipal gigabit dans les années 2000 : accès à prix cassé pour tous, internet gratuit pour les ménages modestes, catalyseur économique pour toute la région. Résultat : 900 autres villes américaines ont suivi. En Nouvelle-Zélande, Te Hiku Media, une radio maorie, a développé ses propres outils d'IA pour la reconnaissance vocale en maori, parce que Silicon Valley n'avait aucune incitation économique à le faire. Ils ont gardé le contrôle de leurs données et construit une technologie alignée sur leur culture, pas sur le profit. Et à Stanford, des chercheurs ont reproduit les meilleurs modèles d'OpenAI pour 70 dollars en frais de cloud. Le paradigme des centaines de millions de coût d'entraînement n'est pas une loi physique. C'est un choix, et on peut en faire d'autres.

Les sept entreprises qui contrôlent 90% des modèles d'IA investissent 109 milliards par an dans ce secteur pendant que les États y mettent 5,3 milliards. Dans ce contexte, les solutions ne viendront pas d'en haut. La bonne question à se poser finalement : est-ce que vous participez aux décisions sur l'IA dans votre organisation ? Est-ce que vous posez les questions sur l'impact humain de ces choix ? C'est là, maintenant, que ça se joue.

C'est mon bout du travail. Celui que je peux tenir.

Et vous, c'est quoi le vôtre ?

La version longue de cette analyse sort jeudi sur le podcast.

Cette semaine sur Vlan!

Sur Vlan!

#389 L’humain, le prochain chantier technologique? Avec Olivier Veran

Olivier Véran, est médecin neurologue mais nous le connaissons mieux comme l’ancien ministre de la Santé.

Il a géré le Covid en direct, face aux caméras, dans un pays fracturé par la désinformation mais je vous propose de le découvrir autrement. Depuis, il a quitté la politique pour mieux l'observer, et il regarde le monde avec une lucidité qui, franchement, m'a surpris.

On s'était croisés autour d'un café pour parler d'un sujet qui m’intéresse beaucoup : comment nos cerveaux vont évoluer à l'ère de l'IA. Et la conversation est allée beaucoup plus loin que prévu.

Dans cet épisode, nous parlons de diagnostic préimplantatoire et de design d'enfant, de neurotechnologies d'augmentation, du projet d'Apple de lire vos pensées via les AirPods, de l'absence totale de débat démocratique sur ces sujets, de la société du commentaire vue de l'intérieur d'un ministère, des inégalités creusées par les campagnes de santé publique, de l'avenir de la Sécurité sociale, et de ce qui, selon Olivier, peut encore nous redonner de l'élan.

J'ai questionné Olivier sur ce qui se joue vraiment autour des neurotechnologies, sur pourquoi il n'existe pas encore de "conférence d'Asilomar" pour le cerveau, et sur ce que ça dit de nous, collectivement, qu'on laisse ces décisions aux seuls acteurs privés.

Un épisode dense, parfois inconfortable, et finalement assez stimulant.

Sur Vlan! Leadership

#70 Le yoga ne soigne pas un management toxique avec Severine Bavon

Séverine Bavon d’une newsletter exceptionnellement drôle et pertinente sur le management vient de publier Ciao les nazes, un manifeste sur les dysfonctionnements du monde du travail écrit sous forme de lettre d'adieu, avec une centaine de notes de bas de page et une verve qu'elle décrirait elle-même comme "un fond de scientifique servi par une tenancière de PMU".

Je lis sa newsletter CLDT depuis un moment, et j'aime particulièrement ce qu'elle fait : des sujets sérieux, sourcés, traités avec une colère saine et beaucoup d'humour. Ce n'est pas si courant. Quand quelqu'un arrive à parler de burn-out, de méritocratie brisée et de présentéisme en te faisant rire, ça mérite qu'on s'y attarde.

Dans cet épisode, nous parlons de ce qui dysfonctionne structurellement dans le monde du travail, et pourquoi la plupart des gens ont l'impression de souffrir seuls alors que les causes sont collectives. J'ai questionné Séverine sur le care en entreprise, sur la différence entre prendre soin du travail et prendre soin des collaborateurs, sur le présentéisme comme "plaie absolue", sur les managers accidentels, sur les deux grandes ruptures de contrat qui remettent en question le rapport au travail aujourd'hui. Et on a terminé sur l'IA, avec une question simple : si on gagne du temps grâce à elle, qu'est-ce qu'on en fait vraiment ?

.

Des liens tout à fait incroyables

  1. L’I.A. un outil incroyable pour les neuroatypiques.
    Même si on m’a souvent dit que c’était le cas, je ne crois pas faire parti de ce groupe qui touche plus de monde qu’on imagine. Les neuroatypiques, c’est un groupe assez large (autisme, ADHD, dyslexie, dyspraxie et d’autres profils neurologiques).
    L’idée est de se dire que ces profils peuvent souffrir des environnements standardisés de communication et que par conséquent l’I.A. peut les aider à favoriser là ou ils excellent, c’est à dire les environnements d’innovation rapide. Si vous parle, je suis curieux de vos retours. En attendant l’article est ici.

  2. Comment les étudiants utilisent vraiment les I.A.?

    On a tous tendance à penser que les jeunes ne réfléchissent plus et donnent tout à faire à l’I.A., un chercheur à voulu en avoir le coeur net et a fait une étude assez précise pour savoir et comprendre comment ils utilisaient ces outils en situation de stress.
    L’étude est super intéressante et avec des résultats parfois surprenants qui sont ici.

  3. Votre enfant va t’il demain faire plus confiance à Chat GPT qu’à vous même?

    La question peut sembler complètement folle et pourtant c’est un véritable risque en réalité.
    Je n’y avais jamais pensé pour être sincère mais c’est vrai que ca fait du sens et ca a donc été analysé.
    Vous aurez compris que vu le sujet de ma newsletter les 3 liens sont liés à l’I.A..
    C’est un psychiatre français qui défends ce risque et ses arguments sont intéressants pour le moins.

Je me limiterais toujours à 3 liens donc voilà c’est tout pour cette semaine (sachant que Vlan! La newsletter est bimensuel comme Vlan! Leadership), n’hésitez pas à me faire des retours et à partager la newsletter à vos amis, collègues, connaissances si vous la trouvez pertinente. Il y a un bouton juste en dessous !

Vlan!

Par Gregory Pouy

Je suis optimaliste et surtout généraliste, au croisement de la philosophie, de la sociologie, de l'économie et parfois des neurosciences. Ma valeur est de faire les connexions que les spécialistes ne font pas parce qu'ils restent dans leur domaine.

Ce qui m'anime : vous redonner envie du futur. Entre l'optimisme béat et le catastrophisme professionnel, j'appelle ça l'optimalisme : réaliste sur ce qui arrive, convaincu que la joie rebelle nous aidera à traverser.

Je suis le créateur de Vlan! et Vlan! Leadership. 9 ans, 500 conversations, plus de 20 millions d'écoutes. Vous êtes ici sur ma newsletter toutes les deux semaines, j'anime des conférences pour des CODIR et COMEX, et je vis entre Lisbonne et Paris.

Les derniers articles publiés