Une des raisons pour laquelle j’ai créé Vlan ! c’est parce que j’étais convaincu que je voulais aider mes auditeurs à être plus serein dans ce monde qui devenait de plus en plus dur. Dans ma dernière newsletter, je vous disais que ma mission était de rendre le futur désirable mais on fait comment??
Je vous en ai parlé la semaine dernière mais je creuse et je suis, pour tout vous dire, super super excité par cette mission et ce que je trouve en chemin est exceptionnellement intéressant!
Par conséquent, j'ai envie de vous donner des outils, des concepts pour vous aider à traverser cette période.
Et comprendre pourquoi, malgré tout ce que j'ai partagé avec vous, quelque chose manquait encore.
Cette newsletter est le récit de cette quête. Et de ce que j'ai trouvé au bout.
Au début de Vlan! j’ai beaucoup parlé de développement personnel.
C’était une de mes portes d’entrée, pas la principale mais malgré tout bien existante.
D’ailleurs tout n’est évidemment pas à rejeter dans la démarche bien sûr.
L'idée est séduisante : changez votre état d’esprit, vos habitudes, votre rapport à vous-même et alors votre vie s'améliore.
Ou encore, “Travaillez sur vous, et le monde deviendra plus supportable”.
Mais tout ce business repose sur une idée toxique : vous n'êtes pas assez!
Pas assez confiant, pas assez productif, pas assez épanoui, pas assez aligné.
Vous êtes déficient, et il faut vous réparer.
Tout est dans le nom d’ailleurs « développement ».
C'est du marketing existentiel qui joue sur notre mal-être et sur un biais que nous avons toutes et tous :
notre cerveau s’habitue très vite au positif.
Ce qui nous rend heureux devient normal, puis invisible.
Nous sommes biologiquement câblés pour désirer ce qui est nouveau plutôt que ce qu’on possède déjà.
Du coup, on croit que le bonheur est ailleurs, alors que c’est surtout notre système de récompense qui nous pousse à chercher toujours plus loin.
Il y a 4 ans, j'avais commencé à écrire un livre que j’avais titré « Personal Regression » (oui j’avais écrit le titre en anglais).
L’idée était de parler de la façon dont le “self-care” avait été capturé par le capitalisme.
J’ai écrit tout un brief de 10 pages et puis je n’ai pas poursuivi sans doute à tort.
A ce moment là, je pensais que j’étais un peu en retard de pensées.
Eva Illouz avait déjà sorti un ouvrage sur le thème entre autres.
Le self-care était pourtant parti d'une belle intention.
À l'origine dans les années 60, c'était un concept médical pour des patients en souffrance. Un mouvement anti-capitaliste à son essence.
Puis c'est devenu un acte politique — Audre Lorde écrivait que prendre soin de soi était « un acte de guerre politique » pour les femmes et les personnes racisées face à un système médical défaillant.
Et puis le capitalisme a fait ce qu'il fait toujours : il a capturé l'idée et l'a transformée en marché infini.
Les années 80-90 ? On nous vendait du statut social brut. La BMW pour le respect, la Rolex pour le succès, le costard pour le pouvoir. C'était cash, assumé, on peut dire vulgaire.
Aujourd'hui, c'est beaucoup plus subtil. Le marketing a compris qu'on ne veut plus avouer qu'on achète par ego ou par vide. Alors ils ont habillé nos vieilles pulsions avec le vocabulaire de la spiritualité et du développement personnel.
Cette formation à 2 000€ ? Ce n'est plus de la dépense, c'est un "investissement en toi-même".
Ce coaching de vie ? Tu ne cherches pas une solution miracle, tu "optimises ton mindset".
Le développement personnel est devenu une religion de remplacement, avec ses gourous, ses rituels et ses promesses de salut.
Sauf que le salut n'arrive jamais. Il y a toujours une nouvelle version de vous-même à atteindre, un nouveau palier à débloquer, un nouveau programme à acheter.
Vous n'avez pas besoin de devenir quelqu'un d'autre. Vous avez besoin de libérer ce qui est déjà là.
Le problème n'est pas ce qui vous manque. C'est ce qui vous encombre.
D’ailleurs, c’est à la même période que j’ai fait un TEDx dans lequel j’expliquais que l'industrie du développement personnel met sur nos épaules individuelles des problèmes qui sont systémiques.
Vous êtes épuisé ? Méditez. Vous êtes anxieux ? Respirez.
Vous n'arrivez pas à joindre les deux bouts ? Manifestez l'abondance.
Mais face au dérèglement climatique, à la précarisation du travail, à l'effondrement démocratique, à la colonisation de notre attention par des algorithmes conçus pour nous rendre addicts... les solutions individuelles deviennent vite insuffisantes voire contre productives car vous vous pressuriez pour faire rentrer votre séance de méditation dans un agenda déjà plus que chargé.
Par ailleurs, vous ne pouvez pas méditer votre chemin hors d'un système qui vous broie.
J'ai donc cherché ailleurs.
Ma deuxième hypothèse était celle de la connaissance.
Si le développement personnel échoue parce qu'il ignore les causes systémiques, alors la solution est de comprendre ces causes.
Mettre des mots sur ce qui nous arrive. Décrypter les mécanismes. Voir la cohérence cachée derrière le chaos apparent.
Et c'est vrai que ça aide de comprendre que votre épuisement n'est pas un échec personnel mais le produit d'un système conçu pour vous extraire toujours plus — ça déculpabilise.
Mettre des mots sur une fatigue diffuse — ça la rend moins terrifiante.
Voir une cohérence là où on croyait être seul ou défaillant — ça permet de se relier aux autres.
Vlan! a fait ça pendant des années. Et je crois que ça a été utile pour beaucoup d'entre vous et je n’ai pas prévu d’arrêter d’ailleurs.
Mais à force de discussions et d’introspection, j'ai réalisé quelque chose qui m’a perturbé : si la compréhension peut restaurer l'élan... elle ne suffit pas à l'entretenir voire elle finit par l'épuiser.
Vous connaissez sans doute cette sensation d’infobésité. Nous savons ce qui se passe à l’autre bout du monde dans le détail et sans avoir la main dessus.
Mais plus que cela, vous voyez défiler des noms de philosophes, (Byung-Chul Han, Hartmut Rosa, Girard) vous devenez incollables sur les biais cognitifs ou encore les mécanismes addictifs des réseaux sociaux.
Vous êtes lucides. Tellement lucides. Mais dans le même temps, vous êtes épuisés.
En réalité, le futur n'appartient pas à ceux qui le comprennent.
Il appartient à ceux qui le désirent encore car on ne se projette pas dans l'avenir avec sa tête.
On s'y propulse avec son élan.
Et moi le premier, j’ai arrêté début 2025 d’écouter les infos sur France Inter le matin. C’etait juste trop.
Vous scrollez en sachant que c'est toxique.
Vous consommez du contenu en sachant que ça ne changera rien. Vous accumulez des insights brillants qui finissent par peser sur vos épaules comme des pierres.
Nous n’avons pas été conçus pour être autant cognitivement sollicités et encore moins pour être face à des atrocités sur lesquelles nous ne pouvons pas agir.
Cela entraîne une bonne partie des personnes dans un nihilisme passif, c’est-à-dire un désintérêt total jusqu’à ne plus voter.
C'est l’un des paradoxes de notre époque : jamais autant de contenus intelligents, d'analyses fines ou de lucidité collective et pourtant :de moins en moins d'envie du futur, de plus en plus de fatigue morale et une forme de désir atrophié.
Sans parler des réalités parallèles liées aux médias de niches et au fait que les plateformes s’enrichissent sur la fragmentation de la société.
Le problème n'est pas un déficit cognitif. C'est un excès de cognitif sans débouché.
On comprend. Mais on n'avance plus.
Il y a une autre voie que j’ai explorée et qui a connu un succès immense : celle du sens.
Viktor Frankl, psychiatre autrichien rescapé des camps de concentration, a développé ce qu'il a appelé la logothérapie — littéralement, la thérapie par le sens.
Son intuition fondamentale : ce qui permet de survivre aux pires épreuves, ce n'est pas le confort ou le plaisir, c'est d'avoir une raison de vivre. Un « pourquoi ».
Frankl citait souvent Nietzsche : « Celui qui a un pourquoi peut supporter presque n'importe quel comment. »
Cette idée a été popularisée plus récemment par Simon Sinek avec son célèbre « Start With Why ».
Sinek a essentiellement pris l'intuition de Frankl et l'a rendue accessible au monde de l'entreprise voire de manière un peu plus large : les gens n'achètent pas ce que vous faites, ils achètent pourquoi vous le faites. Les leaders inspirants commencent par le sens.
C'est puissant. C'est vrai. Et ça a aidé des millions de gens je pense. Moi y compris.
Mais je crois que cette approche atteint ses limites dans notre contexte actuel de chaos.
Frankl a développé la logothérapie pour répondre à une question précise : comment survivre à l'horreur du présent ? Comment tenir quand chaque jour est une torture ?
Pour lui, le sens permettait de supporter l'insupportable en se projetant dans un après — pour ce qui le concerne : retrouver sa femme, finir son manuscrit et témoigner de l’horreur des camps.
Sinek, lui, s'adresse à des entrepreneurs et des leaders. Son « pourquoi » est un outil de projection dans le futur : créer une entreprise qui dure, inspirer des équipes, laisser un héritage.
Mais que se passe-t-il quand le futur lui-même semble invivable ?
Quand les projections climatiques sont terrifiantes ? Quand la démocratie vacille ? Quand l'intelligence artificielle menace de rendre obsolètes des pans entiers de notre humanité ? Quand on ne sait même plus si le monde de dans 10 ans ressemblera à quelque chose où l'on voudrait vivre ?
Le « pourquoi » de Frankl supposait un futur vers lequel se projeter. Le « pourquoi » de Sinek suppose un monde stable où construire.
Nous n'avons plus ni l'un ni l'autre.
Le sens reste important — je ne dis pas le contraire et d’ailleurs dans ma dernière newsletter, j’ai parlé de ma « mission » et j’avoue que cela me porte.
Mais cela nécessite un travail exigeant qui requiert beaucoup d’efforts.
Tout le monde n’a pas ce luxe.
En ce qui me concerne, cela fait 8 ans, que je tourne autour sans réussir à mettre de mots dessus jusqu’à tomber sur « vous redonner envie du futur ».
Une fois que c’est dit, ca tombe sous le sens mais ca libère.
Mais en réalité, ce « pourquoi » ne suffit plus quand l'horizon lui-même est brouillé.
Dans ma newsletter précédente, j'ai beaucoup parlé d'optimalisme.
Et vous avez adoré. Les retours ont été parmi les plus forts que j'ai reçus.
Je pense que c’est lié au fait que, comme pour moi, ce terme résout une tension que beaucoup d'entre vous ressentent.
On vous dit d'être optimiste, mais vous ne voulez pas être naïf.
On vous dit d'être réaliste mais vous ne voulez pas être résigné.
L'optimalisme, tel que je l'ai défini — optimiste ET réaliste — donne une permission.
Celle de garder espoir sans se mentir sur l'état du monde. Celle de voir clair sans sombrer dans le cynisme.
C'est une première réponse qui est valide.
Mais je réalise aussi que l'optimalisme décrit une posture.
Il dit comment se positionner face au réel mais il ne dit pas comment avancer.
On peut être parfaitement optimaliste, lucide et positif et pourtant rester bloqué.
Savoir qu'il faut garder espoir, comprendre pourquoi, et ne plus avoir l'énergie de le faire.
L'optimalisme est une position. Ce qui me manquait, c'est le mouvement.
Si l'optimalisme répond à la question « comment voir le monde ? », la question fondamentale qui reste est: «comment continuer à vouloir avancer dedans ? »
L'optimalisme est le regard.
Et d’ailleurs, on peut avoir le bon regard sans avoir l'élan.
C'est même le piège de notre époque : des gens parfaitement lucides, parfaitement équilibrés dans leur vision du monde, et parfaitement paralysés. J’en ai parlé un peu plus tôt.
J'avais besoin d'aller plus loin et de comprendre ce qui fait qu'on se met en mouvement — ou pas.
Ce qui fait qu'on désire encore le futur — ou plus.
C'est cette quête qui m'a ramené à Spinoza.
Je m’excuse d’avance car je vais utiliser un concept froid et un peu technique – et carrément un mot latin : le conatus.
Le « Cona…. » quoi…..ok le mot peut sembler barbare à ce stade - et promis ca n’a rien à voir avec le coronavirus aahahahah. - néanmoins je fais le pari qu’à la fin de cette newsletter vous allez l’adorer et je vais vous expliquer pourquoi.
En gros, le conatus, c'est l'effort de chaque être (mais en réalité chaque élément) pour persévérer dans son existence.
Ce n'est pas une volonté consciente, ce n'est pas un objectif.
C'est une force fondamentale, un élan vital qui nous pousse à continuer, à nous développer, à augmenter notre puissance d'agir.
C’est ce qui fait qu’on a un instinct de survie par exemple même quand les circonstances sont hostiles.
C’est aussi pourquoi l’expression “growth mindset” nous parle autant car on a tous envie de “grandir” naturellement.
La semaine dernière je vous ai donné des clefs pour favoriser votre joie rebelle.
Néanmoins, la joie n'est pas un état qu'on atteint et qu'on garde. C'est un mouvement. Un passage. Une augmentation. Ce n'est pas quelque chose qu'on possède, c'est quelque chose qu'on traverse.
Et dans une époque excelle à nous éloigner de cette joie, c’est absolument indispensable.
L'optimisation permanente, la comparaison aux autres, l'injonction à « aller bien », le bombardement informationnel, la précarité existentielle, la lucidité sans horizon... Tout cela épuise notre conatus. Notre élan vital s'atrophie.
Du coup, comment libérer notre conativité ?
La conativité est un mot technique, je sais.
Mais il me semble important de le nommer, parce que comme le disait Paul Auster « ce qui ne se nomme pas, n’existe pas ».
Et puis, vous allez voir qu’il est très proche d’un autre mot que vous connaissez bien : le cognitif/la cognitivité.
J’y reviendrais et je vous ferais le pont avec les neurosciences aussi.
La conativité, c'est la capacité à continuer d'avancer sans se mentir. Et parfois, de retrouver de la joie en chemin.
Elle ne promet rien. Elle ne cherche pas d’équilibre. Elle ne se contente pas de tenir.
Elle parle de ce mouvement fondamental qui nous pousse en avant, même quand l'horizon est brouillé.
Et surtout : la conativité ne transforme pas les gens, vous n’avez rien à ajouter mais plutôt être capable de laisser de la place à quelque chose qui est déjà en vous.
La conativité restaure une capacité déjà présente.
L'industrie du développement personnel nous vend l'idée que nous sommes déficients et qu'il faut nous réparer, nous optimiser, nous transformer.
La conativité part du principe inverse : votre élan est déjà là, il a juste été étouffé, entravé, colonisé.
Je ne veux pas vous aider à aller mieux. Je veux vous aider à arrêter de faire ce qui épuise votre élan, afin que la conativité puisse à nouveau circuler.
C'est comme le jardinage : le jardinier ne fait pas pousser les plantes. Il crée les conditions pour qu'elles puissent pousser elles-mêmes.
1. Identifier ce qui diminue l'élan
Première clé, fondamentale : apprendre à repérer ce qui diminue votre puissance d'agir, même si c'est socialement valorisé.
Par exemple :
- Trop d'optimisation (l'obsession du tracking, des indicateurs, de la performance)
- Trop de projection à long terme (le plan quinquennal de votre vie)
- Trop de lucidité sans horizon (savoir que tout va mal sans entrevoir de sortie)
- Trop de comparaison (Instagram et consœurs)
- Trop d'injonctions à « aller bien »
- Trop d’écrans et d’I.A.
Savoir dire : ça, ça me coupe de mon élan.
Ce n'est pas une question de morale ou de discipline. Ce n’est presque pas une question de caractères.
C'est une question de perception fine de ce qui augmente ou diminue votre puissance d'agir.
Remplacer l'objectif par la continuité
La conativité ne se nourrit pas d'objectifs lointains. Elle se nourrit de continuité vécue.
Passer de : « Où dois-je arriver ? » à : « Est-ce que je peux continuer comme ça, sans me trahir ? »
C'est une clé très simple, mais radicale (dans le sens du retour à la racine puisque c’était le sens du mot jusqu’au 19ème siècle).
Elle déplace l'attention du but vers le chemin.
Du résultat vers le processus. De la destination vers le mouvement. Facile à dire mais difficile à faire souvent.
3. Redonner une place légitime à l'inachevé
L'élan meurt quand tout doit être cohérent, abouti, maîtrisé, racontable.
Or l'élan supporte très bien l'inachevé, le flou, l'ambivalence, le provisoire.
Autoriser l'incomplet, c'est libérer l'élan et dans un monde chaotique nous allons devoir apprendre à aller dans cette direction.
Comme je l'écrivais dans ma newsletter sur la bonne vie : nous ne sommes pas des essences fixes à découvrir. Nous sommes des êtres en construction permanente. Nos désirs évoluent, se transforment, se contredisent. Et c'est normal.
4. Traiter la joie comme un signal, pas comme un but
Ne pas chercher la joie. Mais remarquer quand elle apparaît. Et se demander : qu'est-ce que j'étais en train de faire, là ?
La joie doit rester un indicateur pas une injonction.
5. Accepter que l'élan puisse précéder la clarté
La conativité commence là où la compréhension cesse d'être le centre.
C'est peut-être la clé la plus libératrice. Et la plus difficile pour des gens comme nous, qui avons fait de la compréhension notre refuge. Enfin je dis “nous” mais je me dis que si vous lisez une newsletter aussi longue, c’est que forcément…
Et cela se confirme en neurosciences
Quand j'ai commencé à creuser la notion de conativité, j'ai voulu vérifier si mon intuition avait une assise scientifique. Elle en a une. Et c'est fascinant.
En neurosciences, on distingue clairement 3 systèmes différents dans notre cerveau :
1. Les systèmes cognitifs — ceux qui nous permettent de comprendre, d'analyser, d'anticiper. C'est le cortex préfrontal, les fonctions exécutives. C'est ce qui fait qu'on peut décrypter le monde, lire des newsletters comme celle-ci, accumuler de la connaissance.
2. Les systèmes du plaisir — ceux qui génèrent la satisfaction immédiate, la récompense hédonique. Les opioïdes endogènes, les endorphines. C'est ce qu'on ressent quand on mange du chocolat (ma drogue personnelle) ou qu'on reçoit un like.
3. Les systèmes motivationnels — ceux qui créent l'envie d'agir, la poursuite, l'engagement vers le futur. C'est la dopamine, les circuits mésolimbiques.
La conativité correspond à ce troisième système.
On peut très bien comprendre sans avoir d'élan. Et ressentir du plaisir sans désir de futur.
On entend partout que la dopamine est « l'hormone du bonheur » ou « l'hormone du plaisir ». C'est faux.
La dopamine est l'hormone de l'anticipation. De l'effort. De la poursuite. De la projection.
Elle encode une question fondamentale : « Est-ce que ça vaut la peine d'y aller ? »
Le neuroscientifique Kent Berridge, à l'Université du Michigan, a fait une découverte majeure : il existe une différence neurobiologique entre le « wanting » (l'envie, la motivation, la poursuite) et le « liking » (le plaisir ressenti). Ce sont deux systèmes séparés.
Ça veut dire qu'on peut vouloir quelque chose sans que ça nous fasse plaisir. Et qu'on peut prendre du plaisir à quelque chose sans avoir envie de le poursuivre.
Le « wanting » (l'élan) est spécifiquement lié à l'anticipation du futur.
C'est exactement ce dont je parle avec la conativité.
Or, quand le système motivationnel (dopamine) s'effondre, on observe de l’apathie, une perte d’élan et une perte d’envie de futur.
Ce n’est pas qu'on est triste. C'est qu'on n'a plus envie de rien. Le futur ne nous attire plus.
C’est ce qui se passe avec la majijuana au bout d’un moment ou avec de la MDMA (l’effet du lendemain).
On comprend qu'il faudrait agir, mais quelque chose en nous ne se met plus en mouvement.
À l'inverse, quand ce système est sur-stimulé artificiellement par les réseaux sociaux, les notifications, les récompenses instantanées on observe de l’agitation, de l’addiction et une quête de vide. Qui peut mener au burn-out.
La conativité c’est un système motivationnel qui reste actif vers l'avenir sans être dans l'agitation permanente (d’ou les conseils au-dessus).
Ce que je trouve passionnant c’est que le cortex préfrontal — celui qui analyse, qui comprend, qui anticipe les conséquences — peut inhiber les systèmes motivationnels quand il n'y a pas de débouché actionnable.
En gros notre cerveau ne peut pas gérer des tonnes d’informations sans que l’on puisse y changer quoi que ce soit.
On a pas été conçu pour être au courant de ce qui se passe aux U.S., en Palestine/Israel, Soudan ou ailleurs.
(non ceci n’est pas une invitation à vous couper de toute l’info et à tomber dans du nihilisme passif, surtout pas)
Vous comprenez parfaitement que le monde va mal. Vous analysez finement les causes.
Mais votre cerveau, ne voyant pas de sortie claire, coupe les circuits de l'élan. C'est un mécanisme de protection qui devient un piège.
Quand j’apprends tout cela, je réfléchis nécessairement aux conséquences pour Vlan ! qui est définitivement un podcast qui aide à être lucide et qui est donc cognitif dans sa matière.
La question que je me pose, c’est de savoir comment il pourrait devenir conatif dans son intention.
C’est-à-dire avoir moins de « voici comment le monde fonctionne » et plus de « qu'est-ce que cette compréhension permet — ou empêche — de faire ? », peut-être moins de clôture intellectuelle et plus d’ouverture existentielle.
Finalement, s’arrêter là où l'élan peut reprendre.
Je ne sais pas exactement où cette exploration va me mener. Je suis moi-même en train de la découvrir, de la tester, de la vivre.
Ce que je sais, c'est que ça résonne profondément avec ce que je ressens depuis des années : cette intuition que quelque chose ne fonctionne plus dans notre façon de chercher à « aller mieux ».
Peut-être que le problème n'est pas que nous n'avons pas assez d'informations, pas assez de techniques, pas assez de contenus.
Peut-être que le problème est que nous avons trop de tout ça, et pas assez de ce mouvement simple, fondamental, qui nous pousse en avant.
Alors, cette semaine, plutôt que de vous demander « Qu'est-ce que je dois comprendre de plus ? »...
Demandez-vous :
« Qu'est-ce qui, aujourd'hui, coupe mon élan ? »
« Et qu'est-ce qui pourrait le restaurer ? »
La réponse est peut-être plus simple que vous ne le pensez.
Et elle n'a probablement rien à voir avec une nouvelle technique, un nouveau podcast, ou une nouvelle newsletter.
Elle a peut-être juste à voir avec ce que vous avez arrêté de faire parce que ça ne semblait pas « productif ».
Marie-Christiane Baudou est psychothérapeute, elle a 80 ans et nous allons parler d’un sujet très particulier puisqu’elle va me raconter ses propres angles mort sur le viol de sa fille de 15 ans à l’époque.
Dans cet épisode, nous parlons de ce qui dérange, de ce qui fait mal, de ce qui reste habituellement caché sous le tapis : la parole des proches quand un enfant est victime de violence sexuelle.
J’ai questionné Marie-Christiane sur ce que très peu de mères osent formuler publiquement : ne pas avoir su être là, ne pas avoir su protéger, ne pas avoir su réagir.
Ce qui m’a bouleversé dans cet échange, ce n’est pas seulement le sujet. C’est la lucidité avec laquelle elle revient, à 80 ans, sur ses propres mécanismes d’aveuglement. Elle raconte comment l’histoire transgénérationnelle de sa famille, faite de secrets, de non-dits et de dissociation émotionnelle, a façonné sa manière d’être mère… et ses limites.
Son livre, Nos angles morts, co-écrit avec sa fille, n’est pas un livre d’accusation. C’est un livre de responsabilité. Un texte rare, d’une honnêteté presque inconfortable, qui explore la loyauté, la honte, la sidération, la spiritualité toxique, mais aussi le chemin lent et fragile de la réparation.
Dans cet épisode, nous parlons de transgénérationnel, de mémoire du corps, de silence familial, d’abus dans un contexte spirituel, de pardon, d’excuses, de réconciliation. Nous parlons surtout d’une chose essentielle : la capacité humaine à évoluer, même très tard dans la vie, dès lors qu’on accepte de regarder ses propres zones d’ombre.
Jean-Noël Chaintreuil est un expert du futur du travail.
Ami de longue date, Jean-Noël est l’un des penseurs les plus affûtés que je connaisse sur les sujets d’organisation, de transformation et d’intelligence artificielle.
Il vient de publier un livre passionnant sur les RH et l’IA, que nous évoquons dans cet échange profond et complice.
Dans cet épisode, nous parlons de l’impact réel (et fantasmé) de l’intelligence artificielle sur le monde du travail.
J’ai questionné Jean-Noël sur la manière dont l’IA peut, au-delà de la productivité, être un levier de care, d’inclusion et de développement humain. Nous abordons aussi le rôle crucial – et souvent manqué – des RH dans les grandes transformations, les biais cognitifs et systémiques liés à l’IA, et les nouvelles formes d’agentivité que cette technologie impose aux individus comme aux collectifs.
Un échange dense, lucide, parfois critique, mais toujours tourné vers une vision plus juste et humaine de la technologie dans nos organisations.
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Pourquoi l’égoisme coupe notre capacité à nous projeter?
Je suis tombé sur cette interview et je me suis dis que ca serait une super invitée pour Vlan! plus tard.
Etrangement la maison d’édition ne m’a pas proposé son ouvrage ou je ne l’ai pas vu passer.
Je trouve passionnant alors que je vous parle de désirer le futur, de l’associé avec cette interview et ce livre sur l’égoisme.
Je crois effectivement qu’il y a vraiment quelque chose à aller creuser de ce coté là.
Le virage de l’intimité artificielle
J’ai déjà fait des épisodes de Vlan! sur ce sujet mais en lien avec l’article précédent, évidemment nous cherchons des partenaires qui n’existent plus vraiment car cette perfection n’a aucun sens.
On se parle plus et on se dirige vers des I.A., c’est un marché énorme et fondamental pour les plateformes qui l’ont compris depuis bien longtemps.
Se trompe-t-on sur la culture?
J’ai vu cette analyse et je me suis remis en question.
Car évidemment Vlan! et tout ce que je fais, c’est hautement intellectuel tout en restant accessible et je me dis que c’est super mais en même temps je vois bien que les audiences ne suivent pas les croissances d’autres podcasts.
Est-ce que c’est moi qui suit totalement à l’ouest? Qui ne me remet pas assez en question?
Cet article ne parle pas de Vlan! bien sur mais questionne notre approche de la cutlure de manière saine je crois.
Je me limiterais toujours à 3 liens donc voilà c’est tout pour cette semaine (sachant que Vlan! La newsletter est bimensuel comme Vlan! Leadership), n’hésitez pas à me faire des retours et à partager la newsletter à vos amis, collègues, connaissances si vous la trouvez pertinente. Il y a un bouton juste en dessous !