Si vous écoutez Vlan! vous savez bien que je suis très allergique et j'ai mis de nombreuses années à comprendre que c'est la conséquence d'un monde trop aseptisé qui a rendu nos corps incapables de coexister avec la nature. Et le pire, c'est qu'on a fait pareil avec nos cerveaux.
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Est-ce que pour vous comme pour moi le printemps signifie « la misère des allergies» ?
Si oui, vous allez facilement comprendre que je me suis posé cette question simple : comment je peux être allergique à la nature ? Sérieusement, comment un corps qui a évolué pendant des milliards d'années dans un environnement de bactéries, de parasites, de polluants et de prédateurs peut-il paniquer face à du pollen? Ça n’a aucun sens évolutif.
J’ai cherché et j’ai trouvé mais la réponse est politiquement incorrecte. En fait, on a tellement bien nettoyé notre monde qu'on l'a rendu inhabitable pour nos propres corps. Les allergies sont largement documentées depuis 1870 au moment de la 1ère révolution industrielle et ce n’est pas un hasard.
On va essayer de comprendre ça ensemble aujourd’hui à travers la biologie et puis, j’ai poussé pour élargir au fonctionnement de notre cerveau à travers les neurosciences.
Au XVIe siècle, un médecin suisse nommé Paracelse a écrit une phrase qui a structuré la toxicologie pour cinq cents ans : « C'est la dose qui fait le poison. » On a bien intégré la première partie, que trop de quelque chose peut tuer mais on a raté la deuxième c’est-à-dire qu'une dose infime de ce qui est censé nuire peut protéger, renforcer, voire allonger la vie. C’est le principe du vaccin bien sûr mais ça va plus loin que cela.
J’ai découvert l’hormèse. En biologie, cela désigne la réponse aux stresseurs selon une courbe en J. Autrement dit une faible dose stimule tandis qu’une forte dose détruit. Mais ce qui est intéressant ici c’est que le point optimal pour le vivant se situe juste au-dessus du seuil d'inconfort. Et Il existe aujourd'hui 9 000 modèles doses-réponses documentés et profondément analysés, du café au brocoli, du jeûne au froid, des radiations à l'exercice physique.
Pourtant, ce concept reste quasi-absent des discours publics sur la santé parce qu'il contredit frontalement le paradigme dominant depuis la révolution industrielle. En gros, si quelque chose est mauvais alors le mieux est de l’éradiquer intégralement au cas où. Un bon exemple, en tout cas le 1er qui me vient à l’esprit, c’est le bain de bouche à l'alcool qui élimine 100% des bactéries, bonnes et mauvaises. C’est une catastrophe vous diront les personnes qui s’intéressent au microbiote pourtant c’est ce que l’on achète dans le commerce. Au final, c’est la théorie du risque zéro sauf que notre corps ne fonctionne pas comme ça.
L'exercice physique est la forme d'hormèse la mieux documentée et typiquement quand vous courez, vous endommagez des fibres musculaires de la même manière que quand vous soulèvez des poids, vous créez des micro-lésions. C'est précisément parce que notre corps détecte cette agression qu'il sur-répare et se renforce. Supprimer l'effort, c'est supprimer le signal et évidemment sans signal, pas de réponse adaptative.
Mais il y a un piège que la plupart des gens ratent, en tout cas, moi j’étais passé à côté. Si vous courrez exactement la même distance, au même rythme, trois fois par semaine pendant deux ans, votre corps s'habitue et le stresseur cesse de fonctionner parce que c’est devenu une routine. Moi qui étais fier de me faire 2 km de natation 2 fois par semaine, c’est raté….C'est pour ça que les sportifs changent leurs stimuli, alternent les charges. En fait, le corps a besoin que la résistance reste imprévisible.
Le jeûne intermittent fonctionne sur le même principe et tombe dans le même piège. Donc sous contrainte alimentaire, le corps active des mécanismes de protection et il augmente la production de BDNF qui protège les neurones, déclenche l'autophagie, le recyclage cellulaire, et améliore la sensibilité à l'insuline. Mais si vous faites exactement la même fenêtre d'alimentation tous les jours, le signal devient un fond sonore et l'effet s'atténue. Ce qu’il faut comprendre c’est que la variation n'est pas optionnelle, c'est le mécanisme même du vivant. Là aussi, petit coup dur me concernant car je pratique depuis quasi 5 ans…
Ce que l'hormèse dit au fond c’est que ni le confort absolu ni la rigueur absolue ne fonctionnent. Ce qui fonctionne, c'est l'alternance du stress et de la récupération, avec suffisamment de variation pour que le corps n'anticipe pas ce qui vient.
Le rhume des foins a été clairement décrit pour la première fois autour de 1870. L'asthme infantile a commencé à monter en flèche vers 1960, pour atteindre des niveaux épidémiques dans les années 1990 tandis que les allergies alimentaires aux arachides ont explosé dans la même décennie. Ces augmentations massives ne s'expliquent pas par la génétique parce qu’évidemment on ne change pas de patrimoine génétique en deux générations. Par ailleurs, elles sont concentrées dans les sociétés industrialisées et occidentalisées.
En 1989, l'épidémiologiste David Strachan a formulé l'hypothèse hygiéniste que moins d'exposition aux micro-organismes dans l'enfance se traduit par un système immunitaire mal calibré qui se retourne contre des cibles inoffensives. Ce ne sont pas les infections aiguës qui manquent, mais l'exposition aux micro-organismes avec lesquels l'humanité a coévolué pendant des millénaires donc des parasites, des bactéries du sol, les microbiomes du tonton, de la grand-mère, du cousin ou encore le microbiome animal (poule, chèvres, vaches…).
L'hormèse ajoute une dimension mécanique à ce tableau. Le système immunitaire, comme les muscles, fonctionne mieux quand il est entraîné. En dessous d'un certain seuil d'exposition, il n'apprend pas à distinguer les vraies menaces des fausses alertes et il devient hypersensible et tire sur de mauvaises cibles comme le pollen ou les acariens.
Je ne suis pas allergique par malchance au final mais nous avons grandi dans un monde qui avait trop bien fait le ménage. Et quand on regarde les taux d'allergies dans les pays industrialisés depuis les années 1960, on comprend que c'est le résultat de choix collectifs c’est-à-dire des villes centrées sur la voiture et sans nature, une agriculture chimique subventionnée, une alimentation ultra-transformée normalisée et des familles nucléaires. La vraie question est de savoir à quelle partie de ce confort nous sommes prêts à renoncer.
Une fois lancée, je me suis questionné sur notre cerveau. Bien m’en a pris car ce qui est valable pour le corps est évidemment aussi valide pour le développement de notre cerveau. Quand vous apprenez quelque chose de difficile, vous forcez la construction de nouvelles connexions synaptiques. Quand cette chose devient facile, le cerveau la bascule en mode automatique pour économiser de l'énergie. Il s’habitue donc de manière générale il faut revenir à des choses que vous ne savez pas faire et dans lesquelles vous êtes mauvais.
Le problème c’est quand notre vie cognitive tourne entièrement autour de tâches automatisées typiquement des trajets habituels, les mêmes recettes de cuisine, les mêmes routines, des applis qui anticipent nos requêtes, des algorithmes qui choisissent ce que nous lisons. Notre cerveau n'a plus de raison de construire de nouveaux chemins.
Certaines personnes présentent peu ou pas de symptômes de démence, alors que leurs cerveaux montrent à l'autopsie des lésions avancées d'Alzheimer. Cela est souvent dû à un phénomène que l’on nomme « la réserve cognitive » . Cette dernière se construit en forçant le cerveau à explorer des territoires inconnus comme apprendre une langue après 50 ans, jouer d'un instrument qu'on ne maîtrise pas, lire des auteurs avec lesquels on est fondamentalement en désaccord etc…
Si vous jouez aux mots-croisés depuis 30 ans, désolé, ça ne fonctionne pas car votre cerveau les résout en pilote automatique. C’est fun et cool d’être bon dans quelque chose mais c’est biologiquement inutile en termes de neuroprotection. Ce qui fonctionne, ce sont les « difficultés désirables » comme de tester sa mémoire plutôt que de relire ses notes, espacer les sessions d'apprentissage, mélanger les sujets. Je sais que c'est frustrant, mais c'est exactement pour ça que ça marche.
Par contre, cassons l’idée que « plus c'est difficile, mieux c'est.» La courbe en J a un point optimal et le dépasser nuit. Typiquement, les marathoniens chroniques présentent parfois une fatigue cardiaque ou encore les régimes hypo-caloriques sévères cassent le métabolisme. En fait, le sur-entraînement peut détruire le système immunitaire.
Mais il existe un raccourci encore plus dangereux qui serait de se dire que si le stress renforce, alors la précarité, les inégalités, l'insécurité sociale sont des formes de développement personnel. Evidemment ce serait une perversion complète du concept.
En fait, l'hormèse ne fonctionne que si trois conditions sont réunies : le stress est adapté en intensité, il est intermittent, et la récupération est possible. Un stress chronique sans récupération, c'est ce qui détruit, littéralement, avec des télomères raccourcis, un cortisol chroniquement élevé, un vieillissement accéléré. La pauvreté chronique détruit parce qu'elle ne laisse pas de récupération possible.
Parce qu’on ne vit pas en théorie, on va rentrer dans le concret et donc à l'échelle individuelle, c'est souvent des gestes minuscules comme de laisser les enfants jouer dans la terre, marcher pieds nus dehors de temps en temps, ouvrir la fenêtre plutôt que de mettre la climatisation, prendre les transports en commun ou encore apprendre quelque chose d'inconfortable. L’idée n’est pas de souffrir pour le plaisir (quoique) mais de rappeler à votre corps et à votre cerveau qu'ils sont faits pour coexister avec un monde qui résiste.
À l'échelle collective, la question est plus politique par contre. Nos villes ont éliminé les expositions microbiales naturelles, nos systèmes éducatifs sont structurés autour de la réduction de l'effort perçu mais pire nos espaces numériques sont conçus pour éliminer les frictions. Ces choix ne sont pas neutres et ils ont des conséquences biologiques réelles.
Je crois que ce qu’il est essentiel d’avoir en tête c’est que si ce qui ne vous tue pas ne vous rend pas automatiquement plus fort, ce qui vous préserve vous rend certainement plus fragile.
Message rémunéré :
Un truc m'angoisse ces derniers temps!
Rien à voir avec la guerre en Iran ou l'hantavirus, c'est beaucoup plus basique.
C'est la facture électronique.
Je ne vais pas vous mentir, je suis une bille en administratif et en qualité d'indépendant, je n'ai pas trop le choix que d'y faire face.
Franchement je ne l'ai pas vu venir alors que ca arrive en septembre, c’est-à-dire demain.
Vous avez trouvé une solution vous?
De mon côté, j'ai été approché par Shine et j'ai trouvé ça génial.
Shine réunit la facturation, et le compte bancaire pro pour simplifier la vie des petites entreprises. Et il se trouve que leur outil de facturation Shine Facture qui intègre la facture électronique est gratuit en l'occurrence. Tu envoies et tu reçois des factures conformes à la réforme, en un clic, sans avoir besoin de comprendre la moindre norme technique. De mon point de vue, Shine m'enlève une épine du pied et ça a suffi pour me convaincre parce que le moins de temps je passe sur de l'admin, le plus je vais en passer sur ce qui compte pour moi, c'est à dire transmettre.
Donc, si vous êtes indépendant ou que vous gérez une petite structure, je vous invite franchement à jeter un oeil ici.
Albina du Boisrouvray est philanthrope, productrice de cinéma et autrice de Naviguer l'existence entre autres. Issue d’une bonne famille, elle a donné la quasi-totalité de sa fortune à sa fondation FXB pour sortir 100 000 personnes de l'extrême pauvreté.
Je connais peu de trajectoires aussi denses que celle d'Albina. Militante écologiste dans les années 70 quand personne n'écoutait, productrice de cinéma dans un milieu misogyne, candidate aux législatives en 78, et puis surtout mère d'un fils de 24 ans mort dans un accident d'hélicoptère, celui dans lequel se trouvait aussi Daniel Balavoine. Ce que j'aime chez Albina, c'est qu'elle n'est pas dans la posture. Elle dit qu'elle ne sait pas toujours comment elle a tenu. Elle dit qu'elle a parfois tort. Elle dit que son manque d'études l'a probablement rendue plus libre que si elle avait fait l'ENA.
Dans cet épisode, nous parlons de deuil, de sens, de résilience et de cette méthode qu'elle a inventée contre l'avis de tout le monde, la graduation approach, qui transgresse la doxa du micro-crédit. J'ai questionné Albina sur la bouée qu'elle considère comme la colonne vertébrale de toute son existence et il s’agit de ne jamais se pourrir le présent pour un futur qu'on ne peut pas imaginer.
Jean-Charles Samuelian, cofondateur d'Alan. À 37 ans, il a déjà 15 ans d'entrepreneuriat derrière lui, une scale-up de plus de 500 personnes, 200 millions d'euros de revenus annuels au moment ou je l’interview mais qui a explosé depuis. Il est également derrière Mistral et comme il n’est pas assez occupé, il a également sorti un livre sur le leadership qu'il a tiré directement de la documentation interne d'Alan. Ce livre, c'est la mise en forme écrite de tout ce qu'ils ont construit, testé, cassé, et reconstruit depuis la création de l'entreprise avec son cofondateur Charles.
Ce qui m'a frappé dans cet échange, c'est que Jean-Charles ne théorise pas le leadership depuis une position confortable. Il le vit, il le documente, et il assume les contradictions : Alan n'est pas une démocratie, les vacances illimitées sont un mythe qu'il refuse d'entretenir, et la culture d'entreprise ne se résume pas à des posters dans les couloirs ni à des cours de yoga. Dans cet épisode, nous parlons de transparence radicale sur les salaires, de la décision de supprimer les managers, de la culture de l'écrit comme outil d'égalité des voix, et de ce que ça veut dire concrètement de traiter ses collaborateurs en adultes. J'ai questionné Jean-Charles sur ce qu'il aurait fait différemment dans sa première boîte, sur comment on transforme une grande organisation qui a peur du conflit, et sur ce que la notion de "start-up nation" dit en réalité de notre rapport collectif à l'ambition.
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Espace Publics et privés :à qui appartient vraiment la ville?
Je crois beaucoup dans le jeu libre des enfants pour leur développement émotionnel entre autre. Mais évdemment l’un des souci est que les espaces publics sont de plus en plus privatisés donc difficile de jouer dehors s’il n’y a plus d’espace. Je vous invite à lire cet article sur ce sujet.
Les enfants au Dannemark prennent plus de risques et c’est tant mieux!
Je n’ai pas d’enfants (donc jetez moi des pierres si vous le souhaitez) mais par contre, je ne peux que constater que nous les mettons de plus en plus sous cloche car nous pouvons le faire. Si nos parents pouvaient nous géolocaliser comme on peut le faire aujourd’hui avec SnapChat, ils auraient sans doute été horrifié et pourtant rien de terrible ne nous ait arrivé et le monde n’est pas devenu plus dangereux qu’il y a 2 ou 3 ou même 4 décénies. L’exemple du Dannemark est hyper intéressant je trouve, l’analyse est à retrouver ici.
La majorité des français n’est pas concernée sur les impots sur l’héritage alors pourquoi?
Est-ce que comme 84% des français vous êtes pour une baisse des droits de succession censés réduire les inégalités? Savez vous que seulement 13% des foyers en France sont concernés par cet impot ? Est-ce que ce n’est pas le truc le plus étrange? Alors même que nous savons que les héritages vont creuser de manière profonde le fossé qui existe déjà entre les classes moyennes et les personnes les plus fortunées? A noter quand même que la France est le pays qui taxe le plus l’héritage afin de pouvoir redistribuer. Vous en pensez quoi? L’analyse est à lire ici
Je me limiterais toujours à 3 liens donc voilà c’est tout pour cette semaine (sachant que Vlan! La newsletter est bimensuel comme Vlan! Leadership), n’hésitez pas à me faire des retours et à partager la newsletter à vos amis, collègues, connaissances si vous la trouvez pertinente. Il y a un bouton juste en dessous !