Cette newsletter va vous choquer car vous pensez savoir et vous allez réaliser que non. Notre téléphone est ce que nous touchons le plus dans notre vie avant même le corps de nos enfants ou de notre partenaire. Nous vivons une épidémie silencieuse d'addiction technologique, et contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, ce n'est pas de notre f
En 2014, il y a 11 ans, ma petite amie de l'époque m'offrait un livre intitulé « Se débrancher chaque jour pour une meilleure vie ».
C'est à peu près à cette même époque que je lisais Eli Pariser et sa bulle de filtre.
Bref, cela fait longtemps que j'ai un souci avec les écrans, et c'est évidemment lié à ma nature curieuse mais aussi à mon travail de créateur de contenus par définition (ou au moins, c’est l’excuse que je me trouve).
Dix ans plus tard, force est de constater que le problème ne s'est pas arrangé. Bien au contraire. Il s'est développé, infiltrant chaque recoin de mon quotidien avec une efficacité terrifiante.
Et les études me prouvent que c’est sans doute pareil pour vous.
Le sentiment partagé d'une difficulté à s'en libérer est bien réel mais ce n'est pas un manque de volonté individuelle, mais un problème systémique et culturel, intentionnellement conçu.
Comme me le rappelle Johann Hari, que j'ai eu la chance de recevoir récemment sur Vlan!, notre attention a été volée. Les réseaux sociaux sont délibérément conçus pour nous rendre complètement addicts.
Parce que je suis de bonne volonté et que regarder les heures perdues sur ces réseaux m’effraient, je me suis mis une limite de temps et après 30 minutes quand je vais sur Instagram, LinkedIn ou TikTok, j'ai ce petit message qui me rappelle que « non Greg, c'est pas bien ».
Ça me donne une illusion de contrôle, c'est bien mais inutile en réalité, je le passe d’un mouvement de pouce rapide et ferme.
Comme tout le monde, je me suis fait manipuler.
Je ne sais pas vous, mais je trouve ça frustrant de le savoir, de comprendre un peu près les impacts - et pourtant de ne pas réussir à reprendre le contrôle. Je n'aime pas cette « faiblesse » que j'observe chez moi.
C'est terrible parce que je me vois faire et je peste parce que c'est plus fort que moi.
Cette newsletter, c'est ma tentative de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là, et surtout, comment nous pouvons nous en sortir - collectivement.
Car il ne s'agit pas que de notre addiction compulsive à notre smartphone et de plus en plus à l'IA, mais de l'impact que cela peut avoir sur notre cerveau, notre Q.I., notre Q.E., notre capacité à réfléchir avec une pensée critique et à fonctionner avec d'autres.
Après cette newsletter, vous allez vous observer vos usages de manière différente.
La psychotherapeute Esther Perel parle d'une « atrophie sociale » - l'atrophie dans le corps, c'est quand un muscle n'est pas assez utilisé, alors il disparaît. I
ll semblerait qu'il se passe la même chose pour nous et qu’en réalité, cela va beaucoup plus loin que ça.
Ne vous attendez pas à ce que je vous dise de faire çi ou ça ou que je sois vent debout contre les technologies.
Je suis - vous l'aurez compris –un usager frénétique de mon mobile et de l'IA. Je serai donc mal placé pour vous donner des conseils que je ne mets moi-même pas en place ou vous dire que la technologie c’est mal.
Néanmoins, je vais partager avec vous les pare-feux que j'essaie de mettre en place pour me prémunir de tout ce que je vais vous expliquer. C’est plus qu’urgent !
Dans notre société à l'individualisme forcené, on a tendance à mettre toujours tout le poids sur l'individu. Et donc c'est nécessairement notre faute si nous sommes dépendants de notre téléphone.
Si typiquement je n'arrive plus à regarder une série ou lire un livre sans prendre mon téléphone frénétiquement toutes les 15 minutes, c’est mon problème, ma faiblesse…
Mais en vrai, pas vraiment….
Les plateformes numériques ne sont pas neutres.
Cette phrase devrait être gravée dans le marbre de tous nos smartphones. Elles sont intentionnellement conçues pour être addictives, maximisant le temps passé et l'attention des utilisateurs avec une précision chirurgicale.
Vous le savez déjà, le profit est directement lié à votre temps de défilement : plus vous scrollez, plus elles gagnent de l'argent grâce à la publicité et la donnée accumulée (salut what’sapp). C'est aussi simple et aussi cynique que cela.
Des chercheurs, notamment à Stanford, ont étudié les mécanismes de l'addiction pour accompagner les victimes.
Devinez quels cours ont suivi les fondateurs de Facebook et d’Instagram….
Avec ces connaissances, ils ont créé des « boucles addictives et infinies » structurées et basées sur des fondements scientifiques. Cela se fait de manière « imperceptible ».
Le processus est diaboliquement simple : vous recevez une notification, votre cerveau libère une petite dose de dopamine en anticipation de la récompense, vous consultez votre téléphone, vous obtenez parfois une récompense (like, message, information intéressante), parfois non. Cette intermittence est cruciale - c'est exactement le même mécanisme que les machines à sous, à Las Vegas. Votre cerveau devient conditionné à chercher cette récompense aléatoire comme les pigeons de Skinner dont je parle dans mon Tedx.
Là où cela devient vraiment effrayant, c'est quand l'IA entre en jeu.
L'IA scanne et trie nos comportements - ce qui nous rend heureux, en colère, tristes ou excités - pour nous montrer du contenu qui nous fera défiler plus longtemps.
Elle apprend de notre sémantique, de nos mots, de nos micro-expressions, de nos temps de pause sur une image, de la vitesse à laquelle nous scrollons. Elle sait si nous sommes déprimés avant même que nous en soyons conscients.
Cette intelligence artificielle exploite notre « biais de négativité », cette tendance que nous avons à être plus attiré par ce qui est négatif ou menaçant.
Résultat : nos fils d'actualité amplifient les voix colériques et extrêmes parce qu'elles génèrent plus d'engagement. La colère nous fait scroller, la peur nous fait cliquer, l'indignation nous fait commenter. Le résultat est une polarisation de la société sans précédent.
Cette prédiction va plus loin que vous ne l'imaginez. L'IA d'Apple peut déjà prédire où vous allez regarder et cliquer avant même que vous ne le fassiez, pour offrir une expérience plus « intuitive ». Les données de votre clavier peuvent révéler votre état émotionnel avec une précision troublante - votre rythme de frappe, vos pauses, vos corrections révèlent si vous êtes stressé, triste, en colère. Ces informations sont ensuite utilisées pour vous cibler avec des publicités au moment où vous êtes le plus vulnérable.
Le but des plateformes n'est absolument pas de vous connecter avec vos amis (comme le vend Meta) ou de vous permettre d'accéder à un maximum d'informations (comme le vend Google).
Elles cherchent simplement à vous garder captif un maximum. Idéalement des contenus courts, même si cela ne vous aide pas dans votre capacité attentionnelle ou vos connaissances - ce n'est pas exactement leur problème, c’est le votre pour le coup.
D'ailleurs, depuis le lancement des « shorts » sur YouTube, beaucoup de créateurs de contenus me rapportent qu’ils ont perdu un tiers de leur audience sur leurs vidéos longues. Cette course au contenu court révèle une vérité dérangeante : nous sommes en train de perdre notre capacité à nous concentrer sur des idées complexes, à suivre un raisonnement développé, à apprécier la nuance. Nous devenons une société de punchlines et de réactions épidermiques.
Il suffit de débattre avec quelqu’un pour s’en rendre compte…peu de pensée systémique articulée…
On essaie de se rassurer en se disant que l'on peut faire du multitâche, mais la réalité c'est que notre cerveau ne le permet pas - et ce n'est pas une question de genre. Nous sommes tous égaux dans ce domaine, malheureusement.
Notre cerveau n'est pas fait pour le multitâche. Cette affirmation va à l'encontre de tout ce qu'on nous a vendu sur la productivité moderne, mais elle est scientifiquement irréfutable. Nous ne faisons que jongler très rapidement entre les tâches, un phénomène que les neuroscientifiques appellent le « switch cost effect ».
À chaque changement de tâche, notre cerveau doit se « recalibrer », ce qui consomme de l'énergie cognitive et du temps.
Les conséquences sont dramatiques : diminution de notre mémoire, augmentation des erreurs, perte de créativité. Comme l'a prouvé une étude du MIT, ce mode de fonctionnement dont nous sommes si fiers peut réduire notre QI de 10 points - soit deux fois plus que de fumer du cannabis.
Et rien que de l'écrire, cela me fait peur... parce que je fonctionne souvent comme ça et que je remarque chez moi ces manquements. En particulier, j'oublie les prénoms, mais aussi souvent j'ouvre une fenêtre ou une app avec un but en tête et je l'oublie en deux secondes... Rassurez-moi, ça vous arrive aussi ?
Les interruptions constantes créent ce que les chercheurs appellent une « résidualité attentionnelle ».
Quand vous passez d'une tâche à une autre, une partie de votre attention reste accrochée à la tâche précédente. Imaginez votre cerveau comme un ordinateur qui fait tourner trop de programmes en même temps : il ralentit, chauffe, et finit par planter.
Mais il y a pire que le multitâche imposé par nos écrans : l’usage croissant d’une IA pour des tâches cognitives.
Cette dépendance entraîne ce que les chercheurs nomment une « dette cognitive » - une réduction progressive de l'engagement cérébral, de la rétention mémorielle et du sentiment d'appartenance à son propre travail.
Pensez à ce qui se passe quand vous utilisez systématiquement votre GPS. Votre cerveau cesse de créer des cartes mentales, vous perdez votre sens de l'orientation et parfois vous vous retrouvez à suivre bêtement une machine qui vous faire des détours parfois.
C'est exactement ce qui arrive avec l'IA : quand elle rédige nos emails, résume nos documents, génère nos idées, notre cerveau s'atrophie par manque d'usage.
Et comme notre corps est optimisé pour la survie et donc l’économie d’énergie, je vous confirme que notre cerveau adore ça !
Le manque d'effort cognitif demandé peut, à terme, émousser la cognition, la pensée critique et la créativité.
Les enseignants le constatent déjà : l'IA génère des réponses plus homogènes, que les professeurs jugent moins originales.
Quand on demande à un groupe muni de Chat GPT de générer des idées créatives, il est moins efficace que le groupe sans.
Mais de manière plus inquiétante, une étude du MIT parue cette semaine montre, grace à des électro-encéphalogramme, que l’engagement du cerveau est 50% moins important une heure après que nous ayons utilisé une I.A.
Nous risquons de devenir une génération de « superviseurs cognitifs », capables de valider le travail de l'IA mais incapables de le produire nous-mêmes car nous aurons perdu en partie notre esprit critique, notre créativité et même nos capacités d’apprentissage.
Vous avez peut-être vu la série Adolescent et suivi le fait divers de Quentin 14 ans qui a tué sa surveillante Mélanie de 31 ans à l’arme blanche.
Quentin ne montre aucun remord ni aucune compassion à posteriori sans pour autant être un “déséquilibré mental”.
Sans faire de raccourci hâtif, il me semble intéressant de regarder certains chiffres car ils sont glaçants.
Une méta-analyse publiée dans une revue de psychologie de référence a révélé une baisse de 40% de l'empathie chez les étudiants universitaires américains entre 1979 et 2009, coïncidant parfaitement avec la prolifération des médias numériques. Cette érosion de notre capacité à nous connecter émotionnellement aux autres n'est pas un dommage collatéral de la révolution – c’est central d’autant qu’au niveau individuel, nous sommes incapables d’avoir ce recul sur nous même donc impossible à vérifier.
La communication numérique élimine les indices non-verbaux cruciaux qui représentent jusqu'à 93% de la communication émotionnelle.
Nos micro-expressions, le ton de notre voix, notre posture, nos gestes - tout ce langage subtil qui nous permet de nous synchroniser émotionnellement avec autrui disparaît derrière l'écran même si je fais confiance à whatsapp pour analyser nos vocaux et les intégrer à leur modèle de données.
Résultat : nous perdons progressivement notre capacité à percevoir et à réagir aux émotions d'autrui.
Depuis l’effet Eliza (je vous mets le lien wikipedia si vous ne connaissez pas déjà), c’est aussi intéressant de voir comment l’I.A. arrive à faussement rendre une conversation empathique.
Pour mémoire les LLM sont des modèles statistiques qui définissent quel mot vient après le suivant mais n’ont aucune idée de ce qu’ils racontent et n’ont évidemment pas de sentiment.
C’est une sorte d’empathie performative qui satisfait une besoin superficiel puisque sans connexion réelle.
En anglais des chercheurs comme Sherry Turkle, parlent d’un « emotional deskilling » qu’on pourrait traduire par une perte de compétence émotionnelle car on a parfois tendance à préférer un algorithme qui va toujours dans notre sens (il a été entrainé pour) à un autre être humain nécessairement complexe.
J’avoue que ce sujet me passionne et donc j’ai creusé pour me retrouver avec mon philosophe Coréen préféré (en vrai, c’est le seul que je connaisse :p), Byung-Chul Han qui lui explique que la réflexion humaine présuppose, l’amour, le corps, le désir et beaucoup d’autres choses qu’évidemment une I.A. n’est pas capable d’apporter.
Les médias sociaux boostés à l’I.A. amplifient le problème de cette érosion de notre empathie puisqu’ils sont optimisés pour générer des émotions fortes et en particulier négatives comme je le mentionnais plus haut.
Ce manque de nuance que j’expérimente tous les jours en particulier sur des sujets politiques ou géopolitiques (Israel-Palestine genre…) ne va pas dans le sens de l’empathie…
Et d’ailleurs, Vlan avec lequel j’essaie d’amener une vision nuancée des choses ne performent pas sur Instagram car les algos n’aiment pas vraiment ce genre de contenus.
Pour revenir au téléphone, des études comportementales troublantes révèlent que la simple présence d'un téléphone silencieux sur une table rend les conversations plus triviales et réduit la connexion empathique entre les interlocuteurs.
Les chercheurs ont observé que les personnes parlent de sujets moins personnels, se dévoilent moins, et rapportent se sentir moins comprises par leur interlocuteur quand un smartphone est visible.
Cette dégradation de nos interactions a donné naissance à de nouvelles règles sociales pathétiques, comme la « Règle des Trois » (attendre que trois personnes regardent leur téléphone avant de consulter le sien) ou la « Règle des Sept Minutes » (la durée nécessaire pour qu'une conversation prenne vraiment son envol). Ces règles non dîtes révèlent l'ampleur de l'érosion de notre attention mutuelle…
Sérieux dès qu’une personne va aux toilettes, qu’est ce qu’on fait…je vous vois :D
J’ai comme règle de répondre un peu près à tout le monde sur Instagram ou autre et parfois je créé de vraies conversations en message privé avec certaines personnes - j’en suis ravi mais sont t’elles pour autant mes amies ?
Quid des personnes que je connais avec qui je garde un lien faible via les réseaux sociaux ?
Les réseaux sociaux nous vendent une « simulation de l'amitié » qui n'est pas aussi riche ou satisfaisante que les relations physiques.
Cette simulation est, elle aussi, pernicieuse parce qu'elle nous donne l'impression d'être socialement connectés tout en nous privant des bénéfices réels de la connexion humaine.
Le contact physique est essentiel pour la production d'ocytocine, souvent appelée « hormone du bonheur » ou « hormone de l'attachement ». Cette hormone n'est pas libérée par les interactions digitales, même les plus intimes.
Un emoji cœur ne peut pas remplacer une étreinte, un « like » ne peut pas remplacer un regard bienveillant, un commentaire ne peut pas remplacer une conversation où l'on se sent vraiment écouté.
Sans parler du droit d’importuner, aller accoster une personne de manière respectueuse à quasiment disparu et moi-même, j’ai du mal à passer à l’acte…voire je ne le fais simplement pas sauf dans des cas particuliers.
La disparition progressive de ces interactions physiques dans nos sociétés de plus en plus numérisées contribue directement à la baisse du bien-être mental et à l'augmentation des troubles anxieux et dépressifs, particulièrement chez les jeunes.
Alors attention, on met beaucoup le poids sur les ados, mais en réalité, ces mécanismes fonctionnent pareil sur les adultes - avec des nuances (notamment sur l'estime de soi, particulièrement préoccupante chez les jeunes filles).
Comme l'explique brillamment Anna Lembke de Stanford (LA psychologue du documentaire sur Facebook dispo sur Netflix), que j'ai eu le plaisir de recevoir dans un épisode de Vlan!,la dopamine n'est pas l'hormone du plaisir, comme on le croit souvent, mais celle de l'anticipation du plaisir.
C'est ce qui nous pousse à chercher, à explorer, à répéter des comportements. Dans la nature, ce système nous aide à survivre en nous motivant à chercher de la nourriture, des partenaires, un abri.
Cette surstimulation constante de nos circuits de récompense peut conduire à un « état de déficit dopaminergique » qui ressemble étrangement à une dépression clinique.
Nos récepteurs bombardés en permanence, deviennent moins sensibles.
Il nous faut des doses de plus en plus importantes pour ressentir le même plaisir. Parallèlement, nous devenons moins sensibles aux récompenses naturelles de la vie réelle : une conversation avec un ami, un coucher de soleil, un bon repas.
Les symptômes de ce « sevrage » dopaminergique incluent l'anxiété, l'irritabilité, l'insomnie et la dépression. Vous reconnaissez peut-être cette sensation désagréable quand votre téléphone est déchargé ou quand vous n'avez pas de réseau ? Cette anxiété n'est pas psychologique, elle est neurochimique (coucou Jessica :p).
La corrélation entre l'usage intensif d'écrans et l'augmentation des troubles mentaux chez les jeunes n'est plus à démontrer. Depuis 2007, année de lancement de l'iPhone, les taux de dépression et d'anxiété chez les adolescents ont explosé. Ce n'est pas une coïncidence.
Le stress chronique lié à l'usage numérique entraîne des modifications structurelles du cerveau que les neuroscientifiques peuvent maintenant observer par imagerie. Ces changements incluent :
Une amygdale hypersensible : cette structure cérébrale responsable de la détection des menaces devient hyperactive, nous maintenant dans un état d'alerte constant. C'est pourquoi beaucoup d'utilisateurs intensifs d'écrans rapportent se sentir constamment « sur les nerfs ».
Une suppression du cortex préfrontal : cette région responsable du contrôle des impulsions, de la planification et du raisonnement moral fonctionne moins bien. Cela explique pourquoi il devient si difficile de résister à l'envie de consulter son téléphone, même quand on sait rationnellement qu'on ne devrait pas.
Une atrophie de l'hippocampe : cette structure cruciale pour la mémoire et la compréhension contextuelle peut littéralement rétrécir. Cela affecte notre capacité à former des souvenirs durables et à comprendre les nuances des situations complexes.
Ces changements ne sont pas irréversibles, mais ils demandent du temps et des efforts conscients pour être corrigés. Notre plasticité cérébrale peut jouer en notre faveur, mais seulement si nous prenons des mesures actives.
Nous vivons une époque paradoxale où nous avons accès à plus d'informations que jamais dans l'histoire de l'humanité, mais où nous avons de plus en plus de mal à distinguer le vrai du faux, l'important du futile, le permanent de l'éphémère.
Comme quoi on est vraiment nul à prédire l’avenir car quand Internet est arrivé on était convaincu que cet accès illimité à l’information allait nous rendre tous super smart…ahem…. il existe une différence fondamentale entre information et connaissance.
Btw, ca veut aussi dire que tous les gens qui vous font des prédictions sur l’I.A. se trompent sans doute…
Au final, est en train de créer ce que les sociologues appellent le « nihilisme de l'information » lié à l’infobésité mais aussi à l’impact des bulles de filtres.
Cette partie pourrait être très longue mais je vais vous resumer le propos pour le coup.
Dans ce nouvel environnement informationnel, la distinction entre la vérité et le mensonge s'estompe progressivement. Peu importe qu'une information soit vraie ou fausse, ce qui compte c'est qu'elle soit virale, engageante, émotionnellement stimulante.
Cette logique mène à une méfiance fondamentale envers toute forme d'autorité épistémique - experts, institutions, médias traditionnels - et ouvre la voie à toutes les théories du complot avec des conséquences sociales dramatiques.
Pour reprendre véritablement le contrôle de notre attention, nous devons d'abord accepter que nous avons un problème collectif sans tomber dans le nihilisme - pas un problème de volonté individuelle, mais un problème systémique qui nous dépasse.
Cette acceptation libératrice nous permet de concentrer notre énergie sur des solutions efficaces plutôt que de nous flageller.
La clé de la résistance, c'est l'intentionnalité : chaque fois que vous prenez votre téléphone, posez-vous la question « Pourquoi est-ce que je fais ça ? ».
Cette simple pause cognitive peut briser l'automatisme de la consultation compulsive.
De mon côté, j'ai supprimé 100% des notifications, mis des bloqueurs (pas trop efficace comme je l’ai expliqué), et j'ai décidé de tenter deux choses chez moi : accrocher mon téléphone dans un endroit fixe à l'ancienne et donc de ne pas le trainer partout avec moi et le mettre en mode avion à partir de 20h sauf cas exceptionnel - je vous dirai si j'y arrive et si ça me libère.
L'idée est d'utiliser nos appareils comme des outils avec une fonction précise, pas comme des drogues qui procurent un soulagement temporaire mais nous laissent dans un état pire qu'avant.
Il y a tellement de conseils sur la manière de reprendre le contrôle, j’en parle avec Yohann Hari dont j’ai mis le lien plus haut.
Mais en résumé (ici aussi), créez des rituels d'intention avant d'utiliser vos écrans, cultivez délibérément l'ennui et le vagabondage mental - ces moments de "vide" sont essentiels à la créativité car ils activent le "réseau du mode par défaut" de notre cerveau, crucial pour l'introspection et la consolidation des souvenirs.
Y’a pas de secret si on dit qu’on a des idées sous la douche ou en faisant du sport…
Mais surtout, nous devons cesser de nous culpabiliser et reconnaître que la vraie bataille se joue politiquement, en régulant les plateformes, en changeant leur modèle économique toxique basé sur le "capitalisme de surveillance", en éduquant dès le plus jeune âge à la littératie numérique, et en mettant en place une véritable "politique du temps" qui protège les rythmes humains naturels contre l'accélération artificielle imposée par l'économie de l'attention.
Vaste programme !
Comme j’en parlais la dernière fois, j’ai conscience que cette newsletter est longue et met à rude épreuve votre capacité de concentration.
Alors dites moi, combien de fois, vous avez pris votre téléphone au cours de la lecture ?
Cela parait trivial à priori mais la lutte pour notre attention est littéralement une lutte pour la démocratie et notre humanité.
Elle déterminera si nous restons des êtres pensants, capables d'empathie et de délibération collective, ou si nous devenons des consommateurs passifs de contenus algorithmiques, isolés dans nos bulles individuelles.
La technologie n'est pas neutre. Elle n'est pas inévitable. Elle est le produit de choix humains, et peut donc être remodelée par d'autres choix humains. Nous avons encore le pouvoir de décider quel genre d'êtres humains nous voulons être et dans quel genre de société nous voulons vivre.
La question n'est plus de savoir si nous pouvons nous passer de ces technologies - elles font désormais partie intégrante de notre monde. La vraie question est : comment pouvons-nous les apprivoiser avant qu'elles ne nous domestiquent complètement ?
Cette domestication a déjà commencé. Mais il n'est pas trop tard pour inverser la tendance. Cela demande du courage, de la détermination, et surtout, une action collective. Car c'est ensemble, en tant que société, que nous avons le pouvoir de reprendre le contrôle de notre attention, et par extension, de notre destinée commune.
L'avenir de notre humanité se joue maintenant, dans notre capacité à résister à cette colonisation de nos esprits. Ne laissons pas les algorithmes décider à notre place qui nous sommes et qui nous pouvons devenir.
Charles Robin, est prof de philo et surtout le créateur de la géniale chaîne YouTube Le Précepteur.
Avec plus d’un million d’abonnés, il démocratise la philosophie avec une approche accessible et percutante. Il vient de faire un TED Talk sur le hasard, un thème à la fois intime et universel.
Dans cet épisode, nous parlons du hasard : existe-t-il vraiment ou n’est-ce qu’une illusion ? J’ai questionné Charles sur le déterminisme, la liberté, notre rapport à la synchronicité, à l’intuition, aux coïncidences... Et surtout, sur ce que Spinoza et Sartre peuvent nous apprendre sur notre propre responsabilité.
On évoque aussi des notions plus concrètes : les embouteillages, l’agacement, les enfants, le couple, l’amour, les biais cognitifs... Un échange profond, parfois drôle, toujours passionnant.
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