Je déteste la « discipline », je déteste qu’on me dise ce que j’ai à faire et de manière plus générale, je déteste la contrainte. Mais vous savez ce que je déteste encore plus ? Qu’on me dérobe ma vie à mon insu mais avec mon assentiment. On nous a vendu un monde facile, sans friction mais ce faisant, nous passons à côté de l'essentiel.
Recevoir cette newsletter, c’est faire partie des +10 000 personnes qui ont décidé de ne plus regarder le futur de loin. Toutes les deux semaines, j’explore une thématique pour vous donner envie aborder le monde de demain avec élan et envie. Loin des technologues euphoriques et des catastrophistes professionnels.
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Avant de débuter, j'ai écouté vos retours sur le fait que cette newsletter était beaucoup, beaucoup (je rajoute un beaucoup?) trop longue et je comprends mais je ne voulais pas sacrifier la profondeur donc je vous propose une version courte à l'écrit ici et toujours une version longue (qui est écrite bien sur) qui sortira sur le podcast jeudi !
Dîtes moi ce que vous en pensez!
Vendredi dernier, je suis rentré à Lisbonne avec un frigo vide. En trente secondes, j'avais commandé des courses sur une app, prévu un Deliveroo en backup, ouvert Netflix pour me détendre. Rien n'a résisté. Rien n'a demandé d'effort. Et en me couchant, j'ai réalisé que je n'avais pas vraiment pensé une seule fois de la journée.
Rendre les choses faciles et les rendre meilleures sont deux choses différentes. La Silicon Valley a confondu les deux depuis le début ou plutôt a été un accélérateur d’un phénomène terrifiant. Et nous avons dit oui à chaque étape. Désormais Google Maps décide du chemin que l’on va emprunter, Deliveroo ce que nous allons manger, Amazon ce que nous allons acheter, Netflix ce que nous allons regarder, Chat GPT ce que nous allons penser, Instagram ce qui va nous émouvoir, Tinder avec qui nous allons faire notre vie….et ce n’est pas sans conséquence. Pourtant, chaque microdécision semble raisonnable. L'effet cumulatif, personne ne l'a calculé.
Matthew Crawford, philosophe américain, s’est posé avant moi cette question évidente : pourquoi avons-nous décidé que la difficulté était le problème ? La friction n'est pas un bug dans l'expérience humaine. C'est ce qui lui donne une coloration. Ce qui fait qu'on se souvient d'une journée. Ce qui fait qu'on grandit.
« Au moins on s’en souviendra ! » qui n’a tous utilisé cette expression lorsqu’une expérience tourne mal ?
Mais bien plus que cela, quand vous apprenez à jouer d'un instrument par exemple, la résistance des cordes, les fausses notes, la coordination difficile, c'est ça qui crée la compétence après de longues années. Et avec la compétence arrive la fierté et le sens. Il existe évidemment des I.A qui corrigent vos erreurs en temps réel. Vous auriez le son, pas la musique. Le résultat sans le chemin. Et sans le chemin, vous auriez perdu l'essentiel.
La Silicon Valley a fondé son modèle entier sur l'idée inverse : que le chemin est le problème, et que le résultat est tout ce qui compte. C'est ce que Tim Wu professeur à Columbia et auteur de "les marchands d’attention » appelle la commodité comme valeur suprême. Elle a remplacé la liberté. Elle a remplacé l'individualité. Elle est devenue, selon lui, l'idéologie dominante de notre époque, plus prégnante que n'importe quelle position politique. Personne ne nous a forcés pour adhérer à cette vision du monde. On nous a juste proposé quelque chose d'un peu plus facile à chaque étape, et on a dit oui..
Une question qui me semble centrale à se poser c’est de savoir si une vie sans friction est encore une vie qui vaut d’être vécue ?
Une vie dans laquelle il n'y a aucune friction serait une vie dans laquelle nous glisserions vers la mort dans le même état que celui dans lequel nous sommes nés. Il ne se serait strictement rien passé.
Et ça dépasse l'individu. Edward Snowden dit dans le film de Flore Vasseur quelque chose de simple et de juste : "la démocratie est un effort." D’abord un effort rationnel de se confronter avec des personnes qui ne partagent pas nos points de vue, de renforcer son esprit critique. Mais également un effort de confiance. D'aimer son prochain qu'on ne connaît pas. De compatir pour ceux qui n'ont pas les mêmes chances. C'est ça qu'on érode en silence quand on supprime toute friction. Pas juste notre capacité à raisonner. Notre capacité à faire société.
D’ailleurs, Hannah Arendt avait une notion qu'elle appelait le « monde commun », l'espace public qui nous est partagé, dans lequel nous nous rencontrons en tant que citoyens, en tant qu'étrangers les uns aux autres, en tant que personnes qui n'ont pas les mêmes désirs ni les mêmes histoires mais qui habitent le même espace. Pour elle, c'est dans cet espace que la politique est possible, que l'humanité se construit, que l'Autre avec une majuscule devient réel. C’est le bar PMU, l’église du dimanche, la place du marché, la rue, le petit commerçant.
En somme, sans friction, la démocratie n’est plus possible.
Alors que faire ? C’est difficile car c’est le monde qu’on nous propose, c’est un système dans lequel nous évoluons. Ce qui me semble crucial, c’est ce que j'appelle « une discipline de la résistance ».
Cette expression m’est venu alors que je faisais un workshop sur l’équilibre pro-perso et un participant m’a dit précisément cela : « Ce que vous décrivez pour prendre soin de soi, c’est une vraie discipline ».
C’est vrai. Dans un monde où tout nous est facilité (si ce n’est de joindre les 2 bouts en fin de mois), choisir consciemment de ne pas déléguer certaines choses. Pas toutes en tous cas. De garder celles qui vous construisent : lire un livre, se confronter à une pensée complexe ou simplement différente de la notre avec ouverture, apprendre une langue, écrire un texte…. Peu importe mais celles qui entretiennent une capacité que vous ne voulez pas perdre. C’est une discipline de la résistance. Une résistance à une vie sans friction et par conséquent une résistance à une vie facile et optimisée mais où plus rien n’a de saveur et dans laquelle vous perdez toute fierté et sens dans la vie.
Le sociologue allemand Hartmut Rosa parle de résonance, ce sont ces moments où quelque chose dans le monde nous touche vraiment, nous transforme, nous répond. La résonance ne s'optimise pas. Elle survient dans la lenteur, dans l'attention, dans le contact avec quelque chose qui résiste.
C'est peut-être ça, le futur que la Silicon Valley n'a pas compris. Pas un futur sans friction. Un futur dans lequel on utilise les outils pour monter le niveau d'exigence, pas pour le faire descendre. Ce futur demande un effort. Et si nous, qui avons conscience de tout ça, nous ne le faisons pas la prochaine génération devra le faire à notre place, dans des conditions probablement plus difficiles.
C'est ce que j'essaie de faire ici. Imparfaitement. Mais avec l'envie de vous donner envie d’en faire de même.
Vous me direz si cela résonne pour vous? C’est important pour moi car j’ai vraiment envie de développer ce thème.
Pierre Brosselet est ingénieur géologue et fondateur d'Arverne. Il a passé 25 ans à forer des puits pétroliers dans le monde entier, à marcher sur des pipelines, à voir de l'intérieur ce que l'industrie fossile fait réellement. Et puis il s'est retourné. Pas nécessairement par idéalisme, mais parce qu'il a compris qu'on avait une solution sous nos pieds dont personne ne parlait.
Son livre s'intitule d'ailleurs "La solution est peut-être sous nos pieds" et c'est précisément de ça qu'on parle dans cet épisode.
Pour être plus concrêt, nous parlons de géothermie, de ce que c'est vraiment, de pourquoi cette énergie n'a jamais trouvé sa place dans le débat malgré ses vertus, et de ce qu'il faudrait pour changer ça. J'ai questionné Pierre sur les freins politiques, géopolitiques, économiques qui ont mis cette énergie à l'écart pendant des décennies. On parle aussi du lithium qu'on peut extraire de ces eaux chaudes souterraines, du paradoxe d'une France qui maîtrise parfaitement l'art du forage mais ne s'en sert pas pour elle-même, des pays qui ont fait ce choix en premier, de ce que ça coûte concrètement chez un particulier, et des risques réels, sans les minimiser.
C'est un épisode plein de solutions concrètes. Et franchement, ça fait du bien.
Yvan Launey, commandant de la base d'aéronautique navale de Landivisiau, pilote de Rafale Marine et ancien commandant de la 11F.
C’est rare d’entendre un militaire en fonction et franchement, on se retrouve rarement face à quelqu'un qui a dirigé des frappes en Irak depuis le Golfe arabo-persique et qui manage aujourd'hui 1 800 personnes sur une base où atterrissent chaque jour des avions de chasse. Yvan fait partie de ces gens qui ont une pensée sur le leadership construite dans le réel, pas dans les PowerPoints. Et ce qui m'a frappé dans notre conversation, c'est que ses convictions contredisent tout ce qu'on entend d'habitude sur le sujet.
Dans cet épisode, nous parlons de la différence fondamentale entre un leader dans un cockpit et un commandant sur le temps long. J'ai questionné Yvan sur la manière dont la marine arrive à faire cohabiter une discipline extrême et une vraie capacité d'improvisation, sur le débrief collectif où le commandant d'unité reçoit une note de son subordonné, sur la raison pour laquelle les profils "Maverick" doivent apprendre à s'effacer, et sur ce que ça fait, concrètement, de prendre des décisions qui engagent des vies.
Ce que j'ai retenu par-dessus tout, c'est cette phrase qu'il glisse presque en passant : dans la marine, respecter son supérieur, ce n'est pas respecter un individu, c'est respecter une projection de soi-même dans dix ans. Ça m'a arrêté net.
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Pourquoi la souffrance psychique des jeunes n’est pas un problème individuelle?
Dans la lignée de cette newsletter, je trouve super intéressant de regarder les problèmes que nous rencontrons et de prendre un pas de recul dessus. Parfois il y a des choses dont nous sommes responsables à 100%, parfois il faut beaucoup de discipline pour ne pas se laisser happer et parfois c’est totalement systémique. Et ici c’est un peu la solution 2 et 3 mais surtout la solution 3. Je vous laisse découvrir cela ici.
L’un des soucis de la guerre avec l’Iran dont personne ne parle
Quand on pense à la guerre avec l’Iran on pense au pétrole naturellement mais on ne pense pas à l’hydrogène (indispensable pour les microprocesseurs) et on ne pense pas nécessairement aux engrais (indispensable pour la productivité agricole). Dans cet article, les auteurs se demandent si nous pouvons en France se passer de ces engrais et pour combien de temps exactement?
La Chine oppose la géographie des liens à la géographie des lieux
La Chine est un pays commerçant et c’est donc tout naturellement qu’ils envisagent les conflits par le commerce. On le voit avec l’Iran, désormais les bélligérents ciblent les flux et les infrastructures plutôt que les territoires. C’est en train de redéfinir les liens de puissance mais je vous laisse découvrir cela dans cet article passionnant.
Je me limiterais toujours à 3 liens donc voilà c’est tout pour cette semaine (sachant que Vlan! La newsletter est bimensuel comme Vlan! Leadership), n’hésitez pas à me faire des retours et à partager la newsletter à vos amis, collègues, connaissances si vous la trouvez pertinente. Il y a un bouton juste en dessous !